<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"><channel><title>La Nouvelle Ligne</title><description>Histoire, société, patrimoine culturel européen et questions de transmission — le blog de Dominique de la Barre, Belge de l’étranger naturalisé suisse.</description><link>https://lanouvelleligne.com/</link><language>fr</language><image><url>https://lanouvelleligne.com/icon-512.png</url><title>La Nouvelle Ligne</title><link>https://lanouvelleligne.com/</link></image><ttl>60</ttl><item><title>Au-delà du Mur (de Berlin)</title><link>https://lanouvelleligne.com/katja-hoyer-beyond-the-wall-rda/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/katja-hoyer-beyond-the-wall-rda/</guid><description>L&apos;historienne Katja Hoyer retrace l&apos;histoire de la RDA et met en lumière une identité est-allemande propre, occultée par la Réunification.</description><pubDate>Mon, 07 Sep 2026 11:59:31 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/beyond-the-wall.6iH106_Q_Z2vlzQE.webp&quot; alt=&quot;Au-delà du Mur (de Berlin)&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’occasion des récentes élections en Sachsen-Anhalt, il parait opportun de signaler l’ouvrage de &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Katja_Hoyer&quot;&gt;Katja Hoyer&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Beyond the Wall&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Née en Allemagne de l’Est en 1985, Katja Hoyer est une historienne allemande qui vit aujourd’hui en Angleterre. Dans &lt;em&gt;Beyond the Wall&lt;/em&gt;, publié en anglais en 2023, elle s’attache à retracer l’histoire propre de la République Démocratique Allemande (RDA), dont l’existence s’est étendue de 1949 à 1989. Traduit ensuite en allemand, le livre paraîtra sous le titre &lt;em&gt;Diesseits der Mauer,&lt;/em&gt; à savoir De ce côté-ci du Mur, plutôt qu’au-delà, qui souligne l’intention de l’auteur de restituer aux &lt;em&gt;Ossis&lt;/em&gt; une partie de leur histoire et de leur mémoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;La Chute du Mur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/chute-du-mur-le-poids-de-lhistoire/&quot;&gt;Le Mur de Berlin&lt;/a&gt; chute en 1989, et mène à la réunification de l’Allemagne un an plus tard par fusion absorption de la RDA par la République Fédérale (RFA). C’est l’époque où Francis Fukuyama énonce la théorie de la fin de l’histoire, qui se fonde sur l’avènement inévitable de la démocratie libérale. La réunification de l’Allemagne, selon ce point de vue, en est la matérialisation. L’Occident vainqueur définit désormais quelle aura été l’histoire de la RDA, une malheureuse parenthèse concentrationnaire dans l’histoire de l’Allemagne réunifiée.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;L’identité forcée de la RDA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est une ironie de l’histoire que la RDA, née des ruines du Troisième Reich, ne correspondait pas à la solution préférée par Staline pour régler le sort de l’Allemagne, et qui lui aurait préféré un grand pays neutre au centre de l’Europe, à la manière de l’Autriche. La fondation de la RFA en mars 1949 lui force la main et aboutit à celle de la RDA quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la différence de la Hongrie, mettons, dont l’identité culturelle demeure hongroise quel que soit le régime politique en place, celle de la RDA se doit nécessairement d’être socialiste car être allemande ne suffit pas. Aussi Walter Ulbricht, premier secrétaire de la SED de 1950 à 1971, met-il en place un état totalitaire stalinien, non seulement par conviction mais par nécessité. La police politique, la sinistre Stasi, y assure un système de surveillance générale, qui contrôle tous les aspects de la vie des citoyens. C’est l’image que les vainqueurs de la Réunification entendent qu’on conserve de la RDA.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;La Dictature de la Mémoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne dicte pas aux gens quelle est la mémoire qu’il convient de conserver. A partir des années 1960 émerge une génération qui n’a connu ni le nazisme ni la guerre et dont l’identité se forge exclusivement au sein de la RDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi tous les pays d’Europe de l’Est, la RDA est celui qui jouit du niveau de vie le plus élevé. Les années 60 puis 70 seront vues comme les belles années de la RDA, où ses habitants accèdent, tout comme à l’Ouest, à des biens de consommation, des frigos, des automobiles, des radios puis des postes de télévision, qui feront naître un fort sentiment d’identité nationale. De réelles réalisations, en matière d’éducation et de droits de femmes, que viennent appuyer des exploits dans le domaine sportif, ne font que le renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Allemands de l’Est sont comme tous les hommes, si bien qu’ils conservent des souvenirs propres à leur jeunesse, et ils n’entendent pas qu’on les leur en prive. L’auteur évoque avec tendresse par exemple l’odeur du café et de la poudre à laver dans les magasins Intershop, les émissions de télévision pour enfants des années 60, et où apparaît le Sandmann (marchand de sable), qui évoque Nicolas et Pimprenelle en France.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Une identité propre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Angela Merkel (née en 1954) est assurément la personnalité allemande la plus connue, issue de l’Est. Un jour qu’un journaliste évoquait sa longue carrière politique en dépit du poids du fardeau qu’elle portait, elle lui répondit qu’il ne s’agissait pas d’un fardeau mais de sa propre vie, avec son lot de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le mérite du livre de Hoyer est de rendre vie non seulement à la RDA mais à ses habitants, souvent de façon touchante, au gré de vignettes et de témoignages fournis tant par des personnalités que par des gens ordinaires. Hoyer n’est pas une nostalgique du régime politique brutal qui a prévalu en RDA, mais elle sait le distinguer de la culture à laquelle il a donné naissance. En filigrane, elle met en garde contre l’oubli ou pire encore le rejet à l’Ouest de cette identité est-allemande, et dont les effets se font ressentir dans la vie politique de l’ensemble du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Katja Hoyer, Beyond the Wall, Allen Lane, 2023&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/katja-hoyer-beyond-the-wall-rda/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Histoire</category><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt</title><link>https://lanouvelleligne.com/alzarsi-all-alba-mario-calabresi/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/alzarsi-all-alba-mario-calabresi/</guid><description>Fondé sur des témoignages émouvants, dans Alzarsi all’alba, Mario Calabresi célèbre tant l’effort que la compassion</description><pubDate>Sat, 15 Aug 2026 22:15:48 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/alzarsi-allalba.CBKJjFBA_Z19icKV.webp&quot; alt=&quot;L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Eloge de l’effort&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Alzarsi all’alba&lt;/em&gt;, que l’on pourrait volontiers traduire par Eloge de l’Effort est un petit ouvrage publié par Mario Calabresi en 2025. Quelques mois plus tard, il figurait déjà à l’épreuve d’italien de la maturité 2026 il y a quelques semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur et journaliste de renom, Calabresi se fonde sur les vertus, au sens où les Anciens entendaient ce mot, l’effort, la persévérance, la compassion, et illustre chacune d’elles par le récit d’une personne dont la vie incarne justement cette vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de ces histoires que raconte Calabresi, le lecteur rencontre une boulangère qui se lève à l’aube précisément pour préparer sa pâte, une jeune fille handicapée qui devient championne de natation, un mari qui se voue entièrement à sa femme atteinte de sclérose, ou encore cet archéologue qui reconstitue une poterie ancienne un fragment à la fois. On l’a déjà dit, effort, la persévérance, la compassion, voilà ce que racontent ces histoires vécues.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’effort n’est pas un fardeau&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Calabresi établit une distinction entre l’effort et le soulagement d’un fardeau. Le premier de ces entretiens s’ouvre du reste par une conversation de l’auteur avec sa grand-mère, qui lui rappelle combien le progrès technique, et en particulier la diffusion de la machine à laver au XXe siècle, a soulagé les femmes du fardeau de la lessive, la plus pénible des tâches ménagères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos du livre réside donc ailleurs. L’effort est ici entendu comme un choix de la conscience, un engagement à procéder pas à pas, à ne pas sauter les étapes, ou à s’inscrire dans le temps long de la transmission d’une tradition au fil des générations. Mais surtout, même si on ne discerne pas de dimension spirituelle explicite dans l’ouvrage de Calabresi, il est clair qu’il affirme haut et fort que le prochain, valide ou pas, jeune ou vieux, débutant ou aguerri, ne constitue pas un fardeau, mais incarne justement un prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Il n’y a pas de raccourci à l’effort&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n’y a pas de raccourcis à l’effort, poursuit la grand-mère, et s’il y en a, alors ce sont des leurres. Aujourd’hui les formes que prennent ces illusions sont légion : enrichissez-vous en un mois, apprenez l’allemand en une semaine, devenez célèbre sur YouTube, demandez à ChatGPT de rédiger une dissertation à votre place. Les mises en garde implicites d’&lt;em&gt;Alzarsi all’alba&lt;/em&gt; valent pour tous bien entendu, mais plus encore pour les écoliers à qui le sujet est proposé lors de leur examen de maturité. Dans la vie, la vraie, pas celle en ligne, réviser, apprendre, comprendre, se tromper parfois, le reconnaître, reprendre à zéro, mettre un pas devant l’autre le long de la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/via-francigena-pelerinage-phenomene-universel/&quot;&gt;Via Francigena&lt;/a&gt;, tout cela est constitutif de l’effort, qui seul confère un sens à la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mario Calabrese, Alzarsi all’Alba, Mondadori&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/alzarsi-all-alba-mario-calabresi/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category><category>Société</category></item><item><title>Envoûtements</title><link>https://lanouvelleligne.com/envoutements/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/envoutements/</guid><description>Envoûtements, un conte qui retrace le regard que hommes portent sur les femmes dans la musique populaire</description><pubDate>Sun, 02 Aug 2026 01:48:13 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/salome.D0ICNzaZ_isNmP.webp&quot; alt=&quot;Ensorcellemets&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa jeunesse, désormais distante d’un demi-siècle, La Nouvelle Ligne, comme toutes les jeunesses qui l’avaient précédée dans la succession des générations, pensait appartenir à ce peuple choisi qui le premier découvrait le monde, l’amour, les filles. Une musique, plus tout à fait nouvelle dans les années septante du siècle passé, mais néanmoins vivace et vigoureuse, venait la conforter dans ses naïves convictions.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Au Commencement&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au commencement, tout va bien, elle t’aime, rien ne peut t’arriver &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nGbWU8S3vzs&quot;&gt;&lt;em&gt;She loves you. You know it can’t go wrong&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; Futile illusion, même si elle t’aime, c’est elle qui mène la danse et te conduit par le bout du nez. Tu as passé ton permis de conduire mais elle, elle a déjà une voiture que son père lui a offerte à l’occasion de ses dix-huit ans. Pour le prix d’un baiser, elle t’autorise à la conduire pendant dix minutes sans dépasser les cinquante à l’heure. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=kfSQkZuIx84&quot;&gt;&lt;em&gt;Baby you can drive my car.&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; Tu as envie de dire non car tu sais qu’elle te fait marcher mais refuser, non la tentation est trop forte, tu n’as ton permis que depuis six mois à peine et tu acceptes.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Ensorcellements&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Te voilà embarqué, les mains liées au volant comme Ulysse à son mât, elle te dit de tourner à droite en direction du glacier et tu tournes à droite. Ses yeux noirs, le ruban de satin qui noue son cou de nacre, sa poitrine qu’un voile de soie tantôt voile et tantôt dévoile, tu ne peux les effacer de ton esprit, car ça y est, te voilà ensorcelé. La nuit, alors que jamais tu ne trouves le sommeil, des bribes embrumées des cours de français de 4e et de cours de catéchisme se rappellent à ton souvenir, Don José et Carmen, Samson et Dalila, ces couples où toujours c’est elle qui mène. De plus un copain t’a prêté Abraxas, l’album de &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/fifty-years-after-woodstock/&quot;&gt;Santana&lt;/a&gt;, qui inclut la chanson &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9wT1s96JIb0&quot;&gt;&lt;em&gt;Black Magic Woman&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, dont la mélodie lancinante t’envoûte à telle enseigne que tu ignores qu’elle t’a jeté un sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis avec les ans, vient la sagesse à l’instar du sage Ulysse de retour enfin dans sa patrie. Alors, parfois, las d’avoir offert ton cœur à une femme qui voulait ton âme, tu te dis, une fois mais pas deux, &lt;em&gt;trop is te veel&lt;/em&gt;,  &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1iHhWh9FtsQ&quot;&gt;&lt;em&gt;Don’t think twice it’s alright.&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;  &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois c’est pire encore, passé le glacier, la voiture te conduit vers l’abîme, puis tu plonges comme Thelma et Louise. Tu l’aimes d’une telle intensité que tu ne sais comment vivre dans la réalité du monde. Alors, à nouveau comme Don José et Carmen, tu tues ta maîtresse sur la berge de la rivière, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=KflCXmEX6BY&quot;&gt;&lt;em&gt;Down by the river&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; , dont les eaux se changent en sang et dont le flot emporte le souvenir de tes amours*.* &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2BzH4T7ic-s&quot;&gt;&lt;em&gt;Le vent qui vient à travers la montagne t’a rendu fou.&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/envoutements/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Les Touristes, c’est les Autres</title><link>https://lanouvelleligne.com/les-touristes-cest-les-autres/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/les-touristes-cest-les-autres/</guid><description>Pourquoi le surtourisme vide-t-il le centro storico de Rome de ses habitants? En cause les vols à bas coût et baux de courte durée.</description><pubDate>Sun, 19 Jul 2026 17:16:54 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/rome-la-fontaine-de-trevi.FcPe3Zpt_1yyMXY.webp&quot; alt=&quot;Rome, la Fontaine de Trevi&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dernières semaines, La Nouvelle Ligne est retournée à &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/a-lorigine-du-traite-de-rome/&quot;&gt;Rome&lt;/a&gt;, la ville où elle avait passé sa jeunesse. Désormais, le &lt;em&gt;Tridente&lt;/em&gt;, la zone qui s’étend de la Piazza del Popolo à la Piazza Venezia, a pris des airs de Venise, une ville en proie au surtourisme, qui lui vole son âme et la prive de tout autre forme d’activité économique. Ces deux phénomènes s’alimentent de façon réciproque, les habitants quittent le &lt;em&gt;Centro Storico&lt;/em&gt; comme Énée la ville de Troie, l’artisanat cède le pas aux marchands de souvenirs fabriqués en Asie, et l’histoire millénaire de la Ville se voit remplacée par l’image qu’on veut en retenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;A l’origine&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux grands changements ont présidé à cette transformation. Tout d’abord, l’apparition d’un modèle d’aviation réputé à bas prix, fondé sur une approche transactionnelle avec le passager, qui n’est plus désormais que le consommateur d’un service, le transport aérien. Mais surtout, il y a l’apparition du modèle d’affaire de la location en ligne ; il est beaucoup plus rentable de louer un appartement dans le centre historique 52 fois pour une semaine que de le louer à l’année, si bien que la hausse des loyers conduit à une exode de la population locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rome, les artisans, les maroquiniers, les restaurateurs de tableaux, les antiquaires ont presque disparu ; à leur place s’étalent des tablées, où des restaurants proposent un menu à prix fixe, 14 euros et 95 centimes, le même qu’à Barcelone, Gand ou Prague. Le restaurant, la boutique, le char à bancs, la visite guidée enregistrée, disponible en six langues, tout cela crée une monoculture touristique fade et dépourvue d’âme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Rome demeure une grande ville, qui dispose d’autres ressources situées au-delà des murs d’Aurélien, il n’en va pas de même de villes plus petites, Venise ou Bruges. Que faire à Salzbourg sinon acheter des &lt;em&gt;Mozartkugeln&lt;/em&gt; ou à Bruges acheter des chocolats chez Jeff de Bruges justement ?&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La fatalité, de Rome à Bruges&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le tourisme de masse mène alors à ce paradoxe, en ce sens qu’il tue ce qu’il souhaite trouver, une ville qui vit, et dont ne subsiste plus que son image. Car justement, la vie s’écoule de ces villes historiques comme le sang des veines d’un soldat blessé. &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Piazza_di_Spagna&quot;&gt;La Place d’Espagne&lt;/a&gt;, la Place Saint-Marc, la Place de la Vieille Ville à Prague, la Grand-Place de Bruges n’offrent plus du tout aujourd’hui un espace de rencontres, là où autrefois on dressait les étals les jours de marché, mais des lieux à photographier, où, pire encore, des lieux où le touriste d’un jour se prend lui-même en photo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès lors que ces villes historiques en Europe concluent dans les faits un pacte faustien avec l’industrie du tourisme, il devient très difficile de répondre à ces questions. Cependant, de l’avis de La Nouvelle Ligne, la limitation des baux à court terme afin de préserver la présence de la population locale, paraît un point de départ indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A défaut, la ville cesse d’être une ville et se transforme en un site patrimonial, magnifique et sans vie, une Pompéi du XXIe siècle, où seul subsiste le témoignage, et peut-être la mémoire, de ce qui fut.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/les-touristes-cest-les-autres/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Polars</title><link>https://lanouvelleligne.com/polars/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/polars/</guid><description>Les polars dans la littérature de langue anglaise, une histoire du genre humain, du XIXe siècle à nos jours</description><pubDate>Fri, 03 Jul 2026 16:16:11 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/polar.ByJ28vjA_ZnEPv3.webp&quot; alt=&quot;Polars&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ses vacances dans des contrées de langue allemande, La Nouvelle Ligne, confinée tantôt dans un chalet et tantôt dans un château, s’est reposé de la chaleur en téléchargeant des romans policiers en anglais sur son Kindle.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Au commencement&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le genre du &lt;em&gt;crime novel&lt;/em&gt; naît sans doute en 1860 avec &lt;em&gt;The Woman in White&lt;/em&gt; de Wilkie Collins. Rédigé d’une très belle plume, cet ouvrage d’inspiration romantique apparaît comme le prototype du roman policier, dans la mesure où il met en scène un enquêteur ; Walter Hartright, un amoureux au cœur brisé, s’attache à identifier des faits, à s’interroger sur les mobiles des uns et des autres et à en tirer des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le détective&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;The Murder of Roger Ackroyd&lt;/em&gt; paru en 1926, &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Agatha_Christie&quot;&gt;Agatha Christie&lt;/a&gt; donne naissance au personnage d’Hercule Poirot, désormais non seulement un enquêteur mais un détective de haut vol qui relève des détails qui échappent tant aux autres personnages (à l’exception du coupable bien sûr) qu’au lecteur. A la différence de Hartright, Poirot devient par ailleurs un personnage récurrent dans l’œuvre de son auteur, ce qui explique que le monde aujourd’hui se souvient de l’un mais pas de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’issue de son enquête, Poirot convoque l’ensemble des personnages, dévoile le mystère et démasque le coupable ; plus tard, Agatha Christie fera à nouveau appel à cette technique de la conférence des personnages tant dans le Crime de l’Orient Express que dans Mort sur le Nil pour mettre un terme à son histoire. Par ailleurs, &lt;em&gt;The Murder of Roger Ackroyd&lt;/em&gt; voit aussi l’apparition des personnages-types de l’œuvre d’Agatha Christie : le colonel à la retraite, la veuve ou la vieille fille, le médecin de campagne, désormais associés à ce genre littéraire et qu’on retrouve par exemple dans le jeu Cluedo.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Substitution&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Brat Farrar&lt;/em&gt; (1949), Josephine Tey situe elle aussi son roman au sein du monde de la gentry anglaise. Ici l’intrigue ne repose pas au départ sur un meurtre mais sur le retour d’une personne présumée disparue, une espèce de Martin Guerre. S’agit-il de la bonne personne ou au contraire s’agit-il d’un imposteur ? Quelques années plus tard, Patricia Highsmith reprendra le thème de la substitution avec &lt;em&gt;The Talented Mr Ripley&lt;/em&gt;, porté depuis au cinéma. Si Josephine Tey offre une analyse psychologique de ses personnages extrêmement fine, en définitive La Nouvelle Ligne aura préféré &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/josephine-tey-le-meilleur-polar-du-monde/&quot;&gt;&lt;em&gt;The Daughter of Time&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; du même auteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le dur à cuire&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Maltese Falcon&lt;/em&gt; de Dashiell Hamlet, rendu célèbre par son adaptation au cinéma avec Humphrey Bogart et Mary Astor, fait apparaître en 1930 la figure de Sam Spade, un détective privé dur à cuire, qui poursuit son enquête contre vents et marées. A la différence d’Hercule Poirot qui n’est armé que d’un pince-nez, Sam Spade, équipé d’un flingue, fréquente avec la même aisance le monde de la police et celui des gangsters. Si, comme Poirot, il mène son enquête avec diligence, il est entièrement dépourvu tant de scrupules que de sens moral. Figure ambiguë, il exerce sur le lecteur un charme mystérieux, qui fait le succès du livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Des nœuds à délier&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Big Sleep&lt;/em&gt; de Raymond Chandler naît de la fusion en 1939 de deux nouvelles que l’auteur avait déjà rédigées ; il en résulte une intrigue particulièrement complexe, qui se fonde sur des doubles jeux, des trahisons et des rebondissements, qui font de ce livre un classique parmi les polars américains. &lt;em&gt;The Big Sleep&lt;/em&gt; donne naissance au personnage de Philip Marlowe, archétype du détective privé de ces années-là : chapeau mou, une gabardine au col relevé, un revolver (ou à défaut une pipe) qu’il pointe de sa poche sans même le dégainer ; en 1946 Humphrey Bogart incarnera le personnage au cinéma aux côtés de Lauren Bacall.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Un coupable injustement condamné&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas de détective dans &lt;em&gt;The Postman always rings twice&lt;/em&gt; (1946) de James M. Cain mais les confessions d’un meurtrier condamné à être exécuté pour un autre crime qu’il n’a pas commis. Froide violence, charge érotique, langue nette, sèche même parfois, &lt;em&gt;The Postman&lt;/em&gt; demeure l’un des meilleurs romans noirs du genre. Hollywood du reste ne s’y est pas trompé, et en a tiré sept films, dont le dernier en 1981, avec Jack Nickolson et Jessica Lange dans les rôles principaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le genre humain&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait non seulement le succès de tous ces livres mais assure leur qualité, c’est la conviction qu’ont les auteurs (à l’exception de Wilkie Collins) de la complexité qui pétrit l’âme humaine. Certes il existe des victimes et des coupables, mais ces personnages n’incarnent jamais tout à fait les catégories du bien et du mal, des brebis à droite et des boucs à gauche, car au fond du cœur de tout homme on trouve tout autant du bon grain que de l’ivraie.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/polars/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Le retable de Naumburg</title><link>https://lanouvelleligne.com/le-retable-de-naumburg/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/le-retable-de-naumburg/</guid><description>Le retable de Naumburg, chef-d’œuvre médiéval, rencontre entre Cranach et la création moderne de Michael Triegel.</description><pubDate>Wed, 17 Jun 2026 03:23:49 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/retable-de-cranach-triegel.CgJNAizW_Z1CsmH2.webp&quot; alt=&quot;Retable de Naumburg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1529, Lucas Cranach l’Ancien, l’un des plus grands peintres de la Renaissance allemande, exécutait pour la cathédrale de Naumburg un magnifique retable destiné à l’autel de la Vierge. Conçu, à la manière de l’Agneau Mystique des frères Van Eyck, sous la forme d’un triptyque aux pans rabattables, il représente une vierge à l’enfant dans le panneau central, flanquée de figures d’évêques et de saints dans les panneaux latéraux. Douze ans plus tard à peine, le panneau de la Vierge est détruit sous les coups de la furie iconoclaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade il convient de préciser que la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul de Naumburg, mondialement connue pour ces délicates statues du Moyen-Âge, figure au patrimoine mondial de l’humanité établi par l’Unesco. Or voilà qu’en 2020, la fabrique d’église passe commande à &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Triegel&quot;&gt;Michael Triegel,&lt;/a&gt; un peintre allemand de renom en vue de remplacer le panneau perdu. Triegel puise clairement son inspiration parmi les artistes de la Renaissance mais aussi issus du courant maniériste, notamment Bronzino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d’être une copie ou une imitation, l’œuvre de Triegel s’entend comme une manifestation moderne d’un courant artistique qui prévalait il y a 500 ans. Le panneau de Triegel présente ceci de remarquable que, s’il est clairement réalisé à la manière de Cranach, il met en scène des éléments contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Du neuf avec de l’ancien&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au centre siège la Vierge pour laquelle a posé la fille de l’artiste ; elle tient dans ses mains un bébé, l’Enfant Jésus, qui a bien l’air d’un vrai bébé. Derrière elle, se tient Sainte Anne, mère de la Vierge, pour laquelle la mère de l’artiste a servi de modèle. Plus à droite, Burkhard Scheffler, un SDF qui en 2022 allait mourir de froid à un jet de pierre de la basilique Saint-Pierre, tient le rôle du saint auquel la basilique est dédiée, la tête couverte d’une casquette de baseball. Plus à droite encore, un rabbin endosse le personnage de Saint Paul, lui-même un juif pharisien éduqué à l’école de Gamaliel. A gauche de la tête de la Vierge se dresse la noble figure du pasteur Dietrich Bonhoeffer, exécuté par les nazis en 1945, et qui plonge son regard dans celui du spectateur et semble lui demander « Et toi ? ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le soin apporté à sa réalisation, l’œuvre de Triegel se distingue par le mélange de personnages anciens et modernes, par l’appel à des modèles contemporains pour représenter des personnages bibliques, et enfin par la dimension œcuménique que signifie la présence de Bonhoeffer dans ce tableau de sensibilité catholique. Ces procédés ne sont pas sans rappeler ceux utilisés par le Caravage dans la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/qui-est-le-matthieu-du-caravage/&quot;&gt;Vocation de Saint Matthieu&lt;/a&gt;, où le Christ vêtu en habits d’époque fait irruption dans une scène qui se déroule au XVIe siècle, Cinq cents ans plus tard, l’intention de Triegel demeure la même : puisque l’Évangile est toujours actuel, alors Scheffler peut, doit même, sans autre prêter ses traits à Saint Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Une querelle&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais voilà, la place réservée à cette œuvre à quatre mains est située dans la chapelle de la Vierge, celle qui justement abrite les fameuses statues. Le retable en bloque la vue, disent les uns, et de plus il met en péril le classement de l’Unesco; pas du tout, c’est la place qui lui revient, rétorquent les autres. Pour l’heure, elle est exposée dans l’église du Campo Santo Teutonico, dans l’enceinte du Vatican. Elle y restera deux ans, une sorte de trêve de Dieu, à l’issue de laquelle il est à craindre que les esprits ne s’échauffent à nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/le-retable-de-naumburg/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Histoire</category></item><item><title>La langue française à l’épreuve de la finance</title><link>https://lanouvelleligne.com/la-langue-francaise-au-risque-de-la-finance/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/la-langue-francaise-au-risque-de-la-finance/</guid><description>Le jargon de la finance transforme le français et multiplie les anglicismes dans le vocabulaire économique.</description><pubDate>Tue, 02 Jun 2026 09:24:29 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/quartier-des-banques-300x163-1.Dj6hmo5C_Z2o1Drr.webp&quot; alt=&quot;Quartier des Banques à Genève&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours derniers, La Nouvelle Ligne a eu l’occasion d’assister à un séminaire dans le domaine de la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/finance-dimpact/&quot;&gt;finance&lt;/a&gt;, dont la langue française, soumise à un feu nourri d’anglicismes, n’est pas rechapée indemne. Dans l’armurerie des anglicismes, Il existe cependant des munitions de différents calibres dont La Nouvelle Ligne, de retour de la ligne du front, fournit ici un inventaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La finance, gisement de mots anglais&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dominée par les Etats-Unis, la culture du monde de la finance est dans les faits anglo-saxonne ; aussi, fait-elle volontiers appel à des expressions qui peinent à trouver un juste équivalent en français, des mots comme &lt;em&gt;fixing, private equity&lt;/em&gt; ou encore &lt;em&gt;broker&lt;/em&gt;, autrefois appelé courtier en vieux français.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les marques de paresse&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On glisse cependant assez rapidement vers ce qu’il faut bien appeler de la paresse dès lors que l’on mentionne par exemple &lt;em&gt;le compounding&lt;/em&gt; (plutôt que la composition) des taux d’intérêt ou encore ce projet de loi récemment voté par &lt;em&gt;la House&lt;/em&gt;, là où la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chambre_des_repr%C3%A9sentants_des_%C3%89tats-Unis&quot;&gt;Chambre des Représentants&lt;/a&gt; fait parfaitement l’affaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les anglicismes&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne compte plus les verbes qui ont fait l’objet d’une francisation, invariablement au sein des verbes le premier groupe, parmi lesquels on trouve lister (coter en bourse), hedger (couvrir un risque), ou encore trader (négocier).&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les inventions de mauvais aloi&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si certains de ces verbes ont de fait trouvé leur place dans le jargon financier en français, de l’avis de La Nouvelle Ligne, d’autres relèvent de l’abus, par exemple : la politique monétaire est &lt;em&gt;drivée&lt;/em&gt; par les banques centrales. A la différence du mot &lt;em&gt;compounding&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;drive&lt;/em&gt;r n’est pas de l’anglais et n’est pas non plus un mot qui, comme &lt;em&gt;hedger&lt;/em&gt;, est passé dans le jargon. Exemple extrême, l’un des orateurs lors de ce séminaire &lt;em&gt;factorait&lt;/em&gt; des éléments dans sa prise de décision, une traduction copié-collé de l’anglais mais qui fait appel à un verbe (&lt;em&gt;factorer&lt;/em&gt;) qui n’existe tout simplement pas en français.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les glissements de sens abusifs&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces traductions hâtives peuvent également donner lieu à des glissements de sens erronés. Par exemple, lorsqu’on dit que « un tel est &lt;em&gt;licencié&lt;/em&gt; », on ne veut pas dire qu’il est titulaire d’un diplôme de licence (ce qui serait correct) mais qu’il est soumis à une autorisation ou à la tutelle d’un régulateur (ce qui est incorrect en français).&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les erreurs grammaticales en français&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs de La Nouvelle Ligne qui seront allés à l’école dans leur jeunesse se souviendront que la grammaire, c’est l’ensemble des règles à suivre qui permettent de parler correctement une langue. Dans ce contexte, ils se souviendront en particulier qu’en français, à la différence de l’anglais, seuls les verbes transitifs peuvent se conjuguer à la voix passive. Pourtant, La Nouvelle Ligne entend fréquemment dire que « votre question a été répondue » alors que répondre est un verbe intransitif, suivi de la proposition « à ». On devrait donc simplement dire : « Cher Monsieur, j’ai déjà répondu à votre question en date du… ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Même les chiens qui sommeillent dressent l’oreille face à ces anglicismes déplacés.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-langue-francaise-au-risque-de-la-finance/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Langage</category><category>Société</category></item><item><title>Le Book Club de la CIA</title><link>https://lanouvelleligne.com/le-book-club-de-la-cia/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/le-book-club-de-la-cia/</guid><description>Dans les années 1970, la CIA infiltre la Pologne de livres interdits par le régime. Une opération de guerre culturelle.</description><pubDate>Sun, 17 May 2026 23:38:34 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/le-book-club-de-la-cia.XryixB7p_HNFja.webp&quot; alt=&quot;Le Book Club de la CIA&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1953, paraissait Fahrenheit 451, un roman dystopique où l’auteur, Ray Bradbury, imaginait une société américaine privée de livres. Pourtant, la société polonaise de ces années-là n’était pas si éloignée de cet univers de fiction. Si les livres n’y sont pas interdits en tant que tels, leur impression, parution et diffusion y sont soumis à la stricte censure du parti communiste, à telle enseigne que l’existence même de la censure d’État est censurée.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Une censure d’État&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang de ces livres chauds de la guerre froide, interdits par le parti, figure &lt;em&gt;1984&lt;/em&gt; de George Orwell, au motif que certains lecteurs pourraient assimiler &lt;em&gt;Big Brother&lt;/em&gt; à Joseph Staline ; vient ensuite l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne, qui décrit une réalité crue que certains Polonais ont connue ; suit encore une longue liste de livres qui s’allonge sans cesse, et que viennent clore les romans policiers d’&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/polars/&quot;&gt;Agatha Christie&lt;/a&gt;, jugés trop bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les livres défendus&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les années septante du siècle dernier, George Minden, un agent de la CIA d’origine roumaine, conçoit l’idée d’infiltrer en Pologne ces livres défendus, par les moyens les plus ingénus, des valises à double fond ou encore les toilettes du rapide Paris-Moscou, et qui fait une halte à Varsovie. Le souvenir de la répression du Printemps de Prague en 1968 est encore vif à cette époque, si bien qu’à un soulèvement politique la CIA préfèrera un éveil des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’imposition de la loi martiale en décembre 1981 par le Général Jaruzelski viendra certes compliquer ces opérations mais donnera par ailleurs naissance à des activités nouvelles. La Pologne manque de tout et à ceux qui livrent des vivres et des vêtements, se joignent ou se mêlent ceux qui assurent la fourniture clandestine de machines offset, d’encre, de machines à écrire, et plus tard des premiers ordinateurs. Tous sont animés par la conviction que le soutien à une intense activité de presse clandestine est indispensable à l’existence et à l’avenir du pays. De là émergera en cachette l’Hebdomadaire de Mazovie, devenu depuis la &lt;em&gt;Gazeta Wyborcza,&lt;/em&gt; premier quotidien polonais.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La littérature, gage de liberté&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Journaliste au Guardian, Charlie English raconte ces histoires avec autant de précision que d’entrain. Le lecteur se perdra parfois dans la foule de ces noms en &lt;em&gt;ski&lt;/em&gt; qui lui seront peu familiers mais ce caractère étrange contribue à l’intérêt du livre, qui plonge le lecteur dans un univers à la John Le Carré, peuplé de mots de passe, de boîtes aux lettres mortes, de pseudonymes et d’échanges secrets. Mais surtout, English, à la différence du romancier, fait émerger les personnes bien réelles qui prennent des risques énormes pour déjouer les embûches de la police et maintenir en Pologne une société, certes clandestine, mais libre, qui puisse se nourrir de littérature, gage de cette liberté.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/le-book-club-de-la-cia/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Adieu, Milord : la fin des pairs héréditaires de la Chambre des Lords</title><link>https://lanouvelleligne.com/adieu-milord/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/adieu-milord/</guid><description>Les pairs héréditaires ont quitté la Chambre des Lords en avril 2026. Que perd cette institution avec leur disparition ?</description><pubDate>Tue, 05 May 2026 06:33:17 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/chambre-des-lords.JEvXU_Ib_Z2a2jjg.webp&quot; alt=&quot;Adieu, Milord : la fin des pairs héréditaires de la Chambre des Lords&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 2026, les derniers pairs héréditaires de la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chambre_des_lords&quot;&gt;Chambre des Lords&lt;/a&gt; y ont tenu leur dernière apparition au sein d’une institution que leurs ancêtres avaient fondée il y a huit siècles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura déjà entendu cent fois les raisons invoquées par le Premier Ministre, Sir Keir Starmer ; il s’agit de lire les signes des temps, de récompenser le mérite, et de mettre fin à un système aussi arbitraire qu’aléatoire fondé sur la seule naissance, jugé incompatible avec une démocratie moderne.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La Chambre des Lords : de la réforme de 1999 à la fin des pairs héréditaires&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Déjà en 1958, le gouvernement MacMillan fait voter le &lt;em&gt;Life Peerages Act,&lt;/em&gt; qui avait introduit le concept du titre de baron à vie à titre personnel et donc non transmissible. Aux quelques 850 &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/downton-abbey-eternel-recommencement/&quot;&gt;pairs héréditaires&lt;/a&gt;, sont venus depuis s’ajouter les pairs à vie, au nombre de 1600 environ actuellement, qui, certes méritoires, doivent leur promotion aux bonnes relations qu’ils ont entretenues avec le gouvernement du jour, qui dans les faits décide de l’octroi de leur titre. En 1999, le gouvernement travailliste de Tony Blair avait déjà réduit le nombre de pairs héréditaires à 92 ; ce sont ceux-là qui quittent la Chambre Haute pour de bon aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant avec eux quelque chose se perd. Si la Chambre des Communes matérialise en quelque sorte la dimension horizontale du système politique britannique, puisque tant les &lt;em&gt;MPs&lt;/em&gt; que leurs électeurs sont en vie aujourd’hui, les pairs héréditaires en incarnaient la dimension verticale et l’inséraient dans l’histoire de leur pays. Ainsi, en guise d’exemple, la création du titre de Baron de Ros, dont Peter Trevor Maxwell est l’actuel 27e titulaire, remonte à 1264, avant même l’établissement des Communes.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle Chambre des Lords, la chambre des copains&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n’est pas anodin de souligner qu’on trouvait davantage de membres indépendants de tout parti à la Chambre Haute qu’aux Communes. Si le principe d’élections à intervalles réguliers oblige l’élu à rendre compte à ses électeurs et donc d’agir dans un sens dont il pense qu’il leur plaira, l’absence de fonction élective peut conférer une véritable indépendance d’esprit et de parole. Les Lords, qui agissent dans le temps long dans lequel s’inscrit leur propre histoire familiale, ne s’en sont pas privés et ont su se montrer critiques des gouvernements tant conservateurs que travaillistes. Désormais il ne reste que des pairs à vie ; sans qu’ils aient nécessairement démérité, ils incarnent chacun une forme de népotisme, que personne désormais ne viendra tempérer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l’avis de La Nouvelle Ligne, la longévité d’une institution est souvent le gage de quelque chose qui marche ; l’Eglise catholique et le Trône du Chrysanthème en fournissent deux autres exemples. En l’occurrence, les pairs héréditaires ont su jouer au fil des siècles un rôle social important au Royaume-Uni, en dépit d’un pouvoir politique sans cesse réduit à partir du XVIIIe siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit siècles durant, les Lords héréditaires ont su porter la voix face au pouvoir du roi, du premier ministre et de la volonté populaire portée par la majorité d’un moment. La Nouvelle Ligne regrettera leur silence imposé.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/adieu-milord/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Histoire</category><category>Société</category></item><item><title>Les Intellectuels face à l’indéfendable</title><link>https://lanouvelleligne.com/les-intellectuels-face-a-lindefendable/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/les-intellectuels-face-a-lindefendable/</guid><description>Pourquoi les intellectuels se trompent-ils ? Samuel Fitoussi analyse le poids de l’idéologie et du conformisme.</description><pubDate>Wed, 22 Apr 2026 01:25:35 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/samuel-fitoussi.F-hoMDzj_ZSgax7.webp&quot; alt=&quot;Les Intellectuels face à l’indéfendable&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah la France, le pays des vins et des fromages, mais aussi des intellectuels !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet essai, &lt;a href=&quot;https://www.wikiberal.org/wiki/Samuel_Fitoussi&quot;&gt;Samuel Fitoussi&lt;/a&gt; s’interroge sur les prises de position des intellectuels en France et sur l’absence de sanction face à des opinions qui se sont avérées manifestement fausses. Il s’appuie en particulier sur le couple Sartre-Beauvoir, deux esprits brillants, deux auteurs de marque, et qui sont aux intellectuels français ce qu’Adam et Eve sont au genre humain.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Sartre et Beauvoir&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sartre d’abord ; il a 35 ans en 1940 lorsque survient la débâcle des armées françaises et l’occupation du pays par la Wehrmacht. S’il est certes, comme l’ensemble de ses compatriotes, confronté à une situation de fait, il s’en accommodera sans difficulté, fera jouer ses pièces de théâtre et, à la Libération, embrassera la cause de l’URSS, la libératrice de l’Est de l’Europe, dans l’attente que sonne l’heure d’affranchir l’autre moitié. Lorsque Khrouchtchev publie en 1956 son rapport où il dénonce les crimes de Staline, Sartre l’accueille d’une mine contrariée au motif que la réalité ne saurait être supérieure à l’idée. Par la suite il défendra l’assassinat des athlètes israéliens aux Jeux de Munich en 1972, la prise de pouvoir de Pol Pot au Cambodge et le génocide qu’il y a perpétré, et la Révolution Islamique menée par l’ayatollah Khomeini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à Beauvoir, elle plaide pour une politique de l’ambiguïté, nécessaire à la justification des purges communistes et du goulag, outil nécessaire à l’édification du bonheur des masses par ceux-là même qui manient ces outils. De retour d’un voyage en Chine au cours duquel elle rencontre Mao, elle en publie un récit hagiographique, où elle défend la censure et le monopole exercé par le parti communiste sur la presse dans le but de guider le peuple pas suffisamment éduqué pour juger par lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les intellectuels se trompent-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, se demande Fitoussi, des esprits aussi brillants se trompent-ils face à une évidence manifeste ? Parce que, répond-il, l’intelligence ne permet pas seule d’accéder à la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intellectuel, selon la définition qu’en donne Fitoussi, est une personne dont le travail commence et finit dans le domaine des idées. Il ne subit pas dès lors les conséquence de ses choix, dont il n’a pas à valider la réalité empirique. Aussi l’intellectuel favorise-t-il le raisonnement à posteriori qui vise à justifier une opinion qu’il a déjà. Les intellos apparaissent alors non pas comme ceux qui ont les meilleures idées, mais comme ceux qui sont les plus habiles à les défendre, un phénomène que les Américains appellent &lt;em&gt;motivated reasoning.&lt;/em&gt; Ils font appel à leurs diplômes académiques, à leur crédit sur les plateaux de télévision, à leur éloquence pour défendre certaines idées absurdes. Selon le mot de &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/simon-leys-navigateur-entre-les-mondes/&quot;&gt;Simon Leys&lt;/a&gt;, seul un véritable intellectuel est à même de réfuter l’idée selon laquelle la pluie mouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la différence de l’homme qui sort sous la pluie sans parapluie, le coût de l’erreur est très faible chez les intellectuels car Il est en effet pratiquement impossible de vérifier à l’instant &lt;em&gt;t&lt;/em&gt;, par exemple l’effet de la collectivisation de l’ensemble des moyens de production. Les critères de vérification sont souvent subjectifs et lointains ; il aura fallu 69 ans pour que l’URSS disparaisse, sous le poids de la mauvaise allocation des ressources qu’avait entrainé la collectivisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les intellectuels, une espèce protégée&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels jouissent dès lors du luxe de ne jamais être jugés. Ce qui compte à leurs yeux, ce n’est pas tant la justesse de leurs propres opinions (vraies ou fausses) que l’opinion qu’ont les autres de leurs propres opinions. Pourtant, estime Fitoussi, les intellectuels ne sont pas pour autant des cyniques, mais des personnes qui font le choix d’une rationalité sociale (c’est-à-dire validée par le groupe) qui n’a pas à subir l’affront de la confrontation avec le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait enfin parler du &lt;em&gt;genus&lt;/em&gt; des intellectuels sans évoquer la sous-espèce des intellectuels de gauche. Ces derniers bénéficient d’une bienveillance particulière de sorte que si d’aventure l’un d’eux vient à se tromper, l’on considère qu’il s’agit d’une incartade, bien vite corrigée. Mais si c’est son collègue de droite qui se trompe, alors on dira qu’il baisse le masque et révèle son vrai visage. Alors que le coût de l’erreur est donc plus bas à gauche qu’à droite, La Nouvelle Ligne n’hésite pas à avancer que l’on continuera de voir fleurir d’avantages d’intellectuels à gauche, là où il fait bon vivre dans un monde auto-référencié.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samuel Fitoussi, Pourquoi les intellectuels se trompent, Éditions de l’observatoire, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/les-intellectuels-face-a-lindefendable/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Du Catholicisme en Amérique</title><link>https://lanouvelleligne.com/du-catholicisme-en-amerique/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/du-catholicisme-en-amerique/</guid><description>Du catholicisme de Kennedy à celui de Biden, l’évolution religieuse, politique et culturelle des catholiques aux USA.</description><pubDate>Fri, 10 Apr 2026 00:02:26 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/next-pope.BBRTNuTz_Z18ko59.webp&quot; alt=&quot;Next Pope&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu’il faisait campagne en vue des élections présidentielles de 1960, John Kennedy, alors candidat, s’était senti obligé d’assurer à son électorat qu’il ne prendrait pas ses ordres au Vatican. A cette époque, le parti démocrate, dont Kennedy était le champion, se voulait entre autres le parti des minorités, y compris catholique, cette dernière composée alors des Irlandais, des Polonais et des Italiens. Si les catholiques d’alors sont bien entendu admis dans la société, ils font l’objet d’une certaine condescendance par une Amérique dont la culture s’est forgée dans la matrice du protestantisme, en particulier dans sa dimension réformée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante ans plus tard, Joe Biden, deuxième président catholique de l’histoire des Etats-Unis, non seulement ne se sent plus tenu de justifier son appartenance religieuse, mais n’en fait guère mystère et s’affiche volontiers un chapelet à la main. Entretemps, d’une part des millions de latinos sont venus gonfler l’Amérique catholique, tandis que d’autre part le vote catholique en tant que tel a disparu si bien que de nos jours les catholiques votent comme les autres Américains, pour l’un ou l’autre parti.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les catholiques dans la cité&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien plus, les catholiques forment désormais une composante de la société américaine, qui s’affiche sans complexe en tant que telle. Ils fournissent des intellectuels de premier plan, Monseigneur Robert Barron, Dr. Scott Hahn et &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/george-weigel-la-sanctification-du-monde/&quot;&gt;George Weigel&lt;/a&gt; parmi eux, des journalistes ou influenceurs parmi lesquels on retiendra les noms de Megyn Kelly et de Ross Douthat aux côtés de celui de Steve Bannon. Mais ce qui frappe en 2026, c’est le poids des personnalités de confession catholique au sein de l’administration Trump : J.D. Vance le vice-président, Marco Rubio, le secrétaire d’État, l’un et l’autre tenants du courant MAGA, auxquels s’ajoutent six des neuf juges de la cour suprême. A l’heure où les Etats-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur indépendance, le catholicisme s’y est banalisé.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Du sionisme au sionisme chrétien&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, avec le déclenchement de la guerre d’Iran, cette dimension religieuse de la vie américaine a refait surface de manière soudaine. Cette guerre semble avoir été non seulement portée mais voulue d’une part par Jared Kushner, le gendre du président Trump et un proche du premier ministre israélien Netanyahou, et d’autre part par les tenants d’un sionisme chrétien, un courant très présent parmi les évangéliques. Selon ces derniers, dans une vision littérale de la fin des temps, il est nécessaire que le peuple juif assure son emprise sur la terre d’Israël afin de hâter le second avènement du Messie. Le sénateur Ted Cruz comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6iHjbG3jtHM&quot;&gt;Paula White&lt;/a&gt; en sont des représentants importants, tandis que le secrétaire à la Défense, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2NrJU2aqGvQ&quot;&gt;Pete Hegseth&lt;/a&gt;, lui-même conseillé par Doug Wilson, recourt à un langage biblique en vue de justifier la guerre qu’il est chargé de mener.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Léon XIV vs Donald Trump&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l’heure même donc où le catholicisme s’est établi dans la société américaine, un choc frontal se produit entre l’administration &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/le-pape-francois-et-donald-trump/&quot;&gt;Trump&lt;/a&gt; et le Saint-Siège. Lors de son homélie du dimanche des Rameaux, le pape Léon XIV, a dénoncé sans ambages, en s’appuyant sur le livre du prophète Isaïe, ceux qui dévoient le christianisme et invoquent le nom de Dieu non seulement pour justifier mais pour déclencher la guerre. Pas de &lt;em&gt;Gott mit uns&lt;/em&gt; chez ce pape-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, les évêques américains se sont dressés vent debout contre les pratiques de l’administration en matière d’immigration. S’ils s’abstiennent de se prononcer sur la politique migratoire en tant que telle, au motif précisément qu’il s’agit d’un sujet qui relève de la politique, ils dénoncent avec vigueur la façon cruelle avec laquelle elle est mise en œuvre, et qui conduit des mères à être séparées de leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six semaines après avoir déclenché la guerre d’Iran, le président Trump, dont l’administration compte le plus grand nombre de catholiques de poids qu’ait jamais connu l’histoire des Etats-Unis, a réussi l’exploit de se mettre à dos l’épiscopat de la plus grande église de son pays, toutes tendances politiques confondues. Quant au vice-président J.D. Vance, il reste muet.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/du-catholicisme-en-amerique/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Église</category><category>Société</category></item><item><title>Le Persan</title><link>https://lanouvelleligne.com/le-persan/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/le-persan/</guid><description>Le Persan, quatrième roman de David McCloskey, qui s&apos;ouvre sur l&apos;assassinat d&apos;un savant iranien par le Mossad.</description><pubDate>Tue, 31 Mar 2026 05:25:11 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/le-persan.CMP_GOcy_Z2jQaTa.webp&quot; alt=&quot;Le Persan&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatrième roman de David McCloskey, Le Persan,  paru en 2025, ce polar s’ouvre sur l’assassinat par le Mossad d’un savant iranien, soupçonné de travailler au développement d’une bombe atomique. L’actualité politique vient nous rappeler la réalité derrière ces manœuvres sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son propre aveu, l’auteur, un ancien agent de la CIA, confessait avoir eu du mal à mener à bien son premier roman, &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/david-mccloskey-la-route-de-damas/&quot;&gt;Damascus Station&lt;/a&gt;, finalement publié en 2021. Si Damascus Station baignait encore dans l’univers propre à la CIA, l’auteur quitte ici tant son ancien environnement professionnel que ses personnages de fiction habituels qui en étaient issus, et s’aventure sur le trouble terrain où le Mossad et les brigades Qods se livrent un combat sans merci.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Uns style manufacturé&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au jargon propre à la CIA, qui pouvait dérouter quelque peu le lecteur de Damascus Station, succède le style lisse et même terne des romans policiers américains. Aux douleurs de l’enfantement de Damascus Station, succède à son tour un style manufacturé dont on soupçonne que l’éditeur, W.W. Norton, ait conseillé à McCloskey d’adopter. Inspirez-vous de Tom Clancy et de John Grisham, prenez soin d’indiquer en tête de chapitre le lieu et le moment de l’action, évitez les phrases trop longues, salez, poivrez, servir à point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces questions de style, s’ajoute celle, fondamentale, de la structure du roman, rédigé sous forme de confession par le héros, un juif d’origine persane au service du Mossad. Le lecteur sait donc d’entrée de jeu que le narrateur a été capturé par les services iraniens et qu’il est en vie. Des commentateurs plus bienveillants diront que, certes, c’est en vue de l’épilogue où la vie professionnelle et la vie sentimentale de l’ex espion se réconcilient. Pour sa part, La Nouvelle Ligne estime que ce procédé narratif se fait au détriment du suspense, l’ingrédient pourtant essentiel de la recette du genre.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/le-persan/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Dynastie et généalogie</title><link>https://lanouvelleligne.com/dynastie-et-genealogie/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/dynastie-et-genealogie/</guid><description>Dynasties, un phénomène humain observable partout. De Kennedy à Kim Jong-un, la succession généalogique s&apos;applique à la politique.</description><pubDate>Wed, 11 Mar 2026 06:17:10 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/crown-759296_1280-750x410-1.BbadZ7RO_HCKh7.webp&quot; alt=&quot;Familles royales&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux événements ces derniers temps incitent La Nouvelle Ligne à reprendre ses &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/familles-royales-mode-demploi-2/&quot;&gt;réflexions&lt;/a&gt; en matière dynastique, qu’elle définit volontiers comme l’application de la succession généalogique, phénomène social observable, à la sphère politique. Le premier concerne la nomination de Mojtaba Khamenei à la charge de Guide Suprême de la République Islamique tandis que le second concerne le débat dans l’opinion publique britannique quant à l’opportinité ou non de retirer à l’ex-prince Andrew ses droits de succéder à la Couronne.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Election dynastique en Iran&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nombreux commentateurs ont souligné l’ironie que consistait à nommer Mojtaba Khamenei à la tête des institutions nées du renversement en 1979 de la dynastie Pahlavi incarnée par le dernier Shah. Cependant, alors que Mohammad Pahlavi avait succédé à son père, Reza, du simple fait qu’il en était le fils, Mojtaba est élu à la fonction jusque-là occupée par son père à lui, Ali. De ce point de vue, la nomination de Mojtaba s’apparente davantage à l’élection du doge de Venise ou à celle du Pape au Moyen-Âge et à la Renaissance, et qui s’effectue au sein d’un cercle restreint de familles.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le Royaume de Pologne, une monarchie élective&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une élection, même au sein d’un groupe patricien, présente le désavantage de devoir recueillir des partisans, de s’engager par des promesses, voire de soudoyer des électeurs en vue de dégager une majorité. Le Royaume de Pologne incarnait ces disfonctionnements, à telle enseigne qu’il en viendra à disparaître de la carte au long du XVIIIe siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est pourquoi, de nombreuses dynasties en sont venues à fixer une règle de succession. Dans le Royaume de France, les rois capétiens ont mené la guerre à l’Angleterre pendant cent ans au nom de la loi salique, que le souverain anglais contestait. Ainsi, la stabilité même de la Couronne est liée à la permanence des lois qui en régissent la transmission. « Je suis dans l’heureuse impossibilité de n’y rien pouvoir changer » disait Louis XV à propos des lois successorales.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le péril des abdications&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le débat concernant Andrew Mountbatten-Windsor s’avère donc délicat. Tout d’abord, il ne concerne pas uniquement le Royaume-Uni mais une quinzaine d’autres pays dont le roi d’Angleterre est par ailleurs le chef d’État. Ensuite, quel que soit l’avis qu’on puisse avoir au sujet du comportement passé d’Andrew, il y a lieu de relever qu’il n’a à ce jour ni été condamné ni même inculpé. L’interdire de succéder au trône revient dans les faits à procéder à une élection négative sous la pression de l’opinion publique, et que viendrait ratifier une loi votée par le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mémoire d’homme, le Royaume-Uni a connu une abdication au titre de laquelle Edouard VIII renonçait au trône pour lui-même et ses descendants. Or, il s’avère qu’Edouard VIII n’a pas eu d’enfants si bien que la question de leurs droits éventuels ne s’est pas posée. Cependant, l’histoire suggère que ces renonciations laissent des traces néfastes ; en France, le traité d’Utrecht, conclu en 1713, divise encore légitimistes et orléanistes tandis que deux prétendants se disputent le titre de chef de la Maison de Bourbon-Siciles, à la suite de la renonciation en 1900 du prince Charles.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Une voie de sortie par le haut&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Moins d’un siècle après l’abdication d’Edouard VIII, La Nouvelle Ligne estime peu souhaitable, et sans doute risqué, que le Parlement britannique prive Andrew Mountbatten-Windsor de ses droits dynastiques. Toujours de l’avis de La Nouvelle Ligne, la solution élégante consisterait pour l’ex-prince à déclarer que, pour le cas peu probable où il accéderait au trône, il y renoncerait aussitôt, par hypothèse au profit de ses descendants selon l’ordre successoral dans l’intérêt de l’institution monarchique. Il y trouverait peut-être même une forme de rédemption.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/dynastie-et-genealogie/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>A House of Dynamite</title><link>https://lanouvelleligne.com/a-house-of-dynamite/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/a-house-of-dynamite/</guid><description>A House of Dynamite, l&apos;incertitude comme trame d&apos;un film, et un thriller politique très réussi.</description><pubDate>Sat, 28 Feb 2026 08:51:41 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/a-house-of-dynamite.Bo0fQKk3_Z2gd5HP.webp&quot; alt=&quot;A House of Dynamite&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;A House of Dynamite&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1983, à l’époque de la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/blake-et-mortimer-huit-heures-a-berlin/&quot;&gt;guerre froide&lt;/a&gt;, le régiment de chars dans lequel La Nouvelle Ligne effectuait son service militaire en Allemagne avait été mis en alerte, pour une raison alors inconnue. On apprendra plus tard qu’à neuf mille kilomètres de distance, un chasseur soviétique Sukhoi avait abattu un avion de ligne, le vol Korean Airlines 007, au large de l’île de Sakhaline, précipitant la mort de 269 passagers et membres d’équipage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment où survient cet incident, personne au sein des forces de l’OTAN n’en connaît la mesure exacte. S’agit-il d’un tir délibéré ou d’une méprise ? S’agit-il d’un incident isolé ou au contraire du premier d’une série ? S’agit-il d’une acte de défense, tel que le perçoivent les Soviétiques, ou au contraire d’une agression ? Et surtout, quelle est la réponse qu’il y a lieu d’y apporter, au-delà de la mobilisation du vénérable régiment où servait La Nouvelle Ligne ?&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’incertitude, comme trame&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Mutatis mutandis&lt;/em&gt;, ces questions et la réaction qu’il convient de formuler constituent la trame du dernier film de Kathryn Bigelow, &lt;em&gt;A House of Dynamite&lt;/em&gt;. Réalisatrice de renom, Bigelow est spécialiste de films de guerre avec &lt;em&gt;Zero Dark Thirty&lt;/em&gt; et Les Démineurs, qui lui a valu un Oscar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intrigue de &lt;em&gt;House of Dynamite&lt;/em&gt; démarre avec la détection du lancement d’un missile quelque part dans le Pacifique Nord, sans que les Américains ne sachent qui en s’en trouve à l’origine. Ils présument au départ qu’il s’agit d’un nouveau test nord-coréen et donc que l’engin plongera bientôt dans l’océan. Lorsqu’au contraire il poursuit sa lancée sur une orbite qui doit l’amener vers une cible présumée située au centre des Etats-Unis, le système US de défense s’enclenche, un niveau d’alerte après l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’inspirant peut-être du scenario du film &lt;em&gt;Dunkerque&lt;/em&gt; de Christopher Nolan, Bigelow raconte l’incident, qui ne dure qu’une vingtaine de minutes, selon trois points de vue, celui d’une base en Alaska, celui du général en charge de l’&lt;em&gt;US Strategic Command&lt;/em&gt; et celui du Président des Etats-Unis. Clin d’œil à la situation réelle dans laquelle s’est trouvé George W. Bush lors des attentats de 9/11, dans le film, le Président est en train d’effectuer la visite d’une école de basket-ball lorsque l’alerte est déclenchée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre 1983 à l’aube, La Nouvelle Ligne avait regagné ses baraquements à la tête de son peloton de chars Léopard; l’alerte était passée, il s’était agi d’une tragique méprise dans le chef du pilote du chasseur soviétique. Dans &lt;em&gt;A House of Dynamite&lt;/em&gt;, Bigelow laisse le spectateur dans l’incertitude quant à la riposte apportée ou pas par les Etats-Unis à cette attaque, si c’en est une. La tension qui en résulte fait de ce film, dont l’intrigue est finalement assez sommaire, un thriller politique très réussi.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/a-house-of-dynamite/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Streets of Minneapolis</title><link>https://lanouvelleligne.com/streets-of-minneapolis/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/streets-of-minneapolis/</guid><description>Streets of Minneapolis, une chanson de Bruce Springsteen, qui s&apos;inscrit dans la lignée des protest songs.</description><pubDate>Wed, 18 Feb 2026 09:42:52 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/bruce-springsteen-streets-of-minneapolis.COjwaKq7_2DXXD.webp&quot; alt=&quot;Bruce Springsteen- Streets of Minneapolis&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours à peine après la mort de Renée Nicole Good et d’Alex Pretti, Bruce Springsteen enregistrait une nouvelle chanson, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GDaPdpwA4Iw&amp;amp;list=RDGDaPdpwA4Iw&amp;amp;start_radio=1&quot;&gt;&lt;em&gt;Streets of Minneapolis&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, qui occupe depuis la première place sur iTunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s’inscrit de plain-pied dans la tradition des &lt;em&gt;protest songs&lt;/em&gt;, à laquelle &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/joan-baez/&quot;&gt;Joan Baez&lt;/a&gt; et Bob Dylan, et avant eux des chanteurs comme Woody Guthrie, ont donné ses lettres de noblesse.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;De l’Ohio à Minneapolis&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais le parallèle le plus immédiat qu’on puisse dresser est sans doute avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Hi829EsJvVo&amp;amp;list=RDHi829EsJvVo&amp;amp;start_radio=1&quot;&gt;&lt;em&gt;Ohio&lt;/em&gt;,&lt;/a&gt; la chanson que Neil Young compose en juin 1970. Un mois plus tôt, la Garde Nationale avait ouvert le feu sur des étudiants de la Kent University qui manifestaient de manière pacifique ; lorsque les fusils se furent tus, quatre morts et neuf blessés gisaient sanglants sur le campus. Non seulement les circonstances du drame qui donne naissance à ces deux chansons sont similaires, mais la manière dont les deux artistes traduisent l’événement le sont aussi : une musique rock crue, la mention explicite du président en exercice, là Nixon et ici Trump, et surtout le talent à rendre compte de ce que le public perçoit être une injustice manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Des protest songs à Minneapolis&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’usage que fait Springsteen de l’harmonica renvoie aussitôt dans le chef de l’auditeur aux chansons de Bob Dylan. On y est, les droits civils, la Marche sur Washington, Martin Luther King, une guitare pour seule arme. Au début des années 60 du siècle dernier, Dylan se saisit à deux poings des signes du temps et les met en musique avec &lt;em&gt;Blowing in the Wind, The Times they are a-changing&lt;/em&gt; ou encore &lt;em&gt;Masters of War&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il s’agit là de considérations générales, et dans le cas de &lt;em&gt;Blowing in the Wind&lt;/em&gt;, presque abstraites. A côté de ces grandes hymnes, Dylan fait montre d’un talent inégalé pour s’emparer d’un fait divers isolé et tragique et de s’en faire pas simplement le narrateur mais le porte-parole de ces victimes sans voix. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FmbwU3J-2kk&amp;amp;list=RDFmbwU3J-2kk&amp;amp;start_radio=1&quot;&gt;&lt;em&gt;The lonesome Death of Hattie Carroll&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; ou encore &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=TXgXXM71IC8&amp;amp;list=RDTXgXXM71IC8&amp;amp;start_radio=1&quot;&gt;&lt;em&gt;George Jackson&lt;/em&gt;,&lt;/a&gt; autant de témoignages qui renvoient à des situations particulières, à des personnes concrètes, à des morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Streets of Minneapolis&lt;/em&gt;, Springsteen fait appel de manière explicite de ces codes et, par-là même, de l’avis de la Nouvelle Ligne, s’ancre dans cette tradition-là.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/streets-of-minneapolis/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Donald Trump au crible de l’histoire</title><link>https://lanouvelleligne.com/donald-trump-au-crible-de-lhistoire/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/donald-trump-au-crible-de-lhistoire/</guid><description>Donald Trump, un président jugé déséquilibré par certains, qui s&apos;inscrit dans une longue histoire.</description><pubDate>Thu, 22 Jan 2026 23:32:05 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/donald-trump.Dwll0jd6_AAx1x.webp&quot; alt=&quot;Donald Trump&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours derniers, on a pu lire dans la presse que &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Donald_Trump&quot;&gt;Donald Trump&lt;/a&gt; agissait comme un président déséquilibré (&lt;em&gt;unhinged&lt;/em&gt; en anglais). La Nouvelle Ligne se propose de mettre cette appréciation en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les rois fous&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’histoire regorge de rois fous, auxquels ceux qui voudront pourront comparer le 47e président des Etats-Unis, voire le 45e. On peut songer à l’empereur Caligula, au roi de France Charles VI dit le Fol justement, au roi d’Angleterre George III, dont la fin de vie inspira un film, &lt;em&gt;The Madness of King George,&lt;/em&gt; et, bien entendu, au roi Louis II de Bavière.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les constructions de prestige&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Louis II justement est passé à la postérité avec ses constructions prestigieuses, Neuschwanstein, Lindenhof et Herrenchiemsee, auxquelles entend donner la répartie au XXIe siècle la nouvelle Aile Est de la Maison Blanche, qui servira de salle de bal, après que Donald Trump eut démoli l’ancien bâtiment.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les nominations farfelues&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Suétone, on prête à Caligula la volonté d’avoir voulu nommer son cheval &lt;em&gt;Incitatus&lt;/em&gt; à la dignité de consul. Sans vouloir blesser la mémoire de l’illustre cheval, on pourra se demander si certaines des nominations récentes du Président Trump, Kristi Noem au poste de Secretary of Homeland Security et &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/les-femmes-des-kennedy/&quot;&gt;Robert F. Kennedy Jr&lt;/a&gt;. à celui de Secretary of Heath répondent à la hauteur de la fonction.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les corsaires&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin du XVIe siècle, Sir Francis Drake agit en qualité de corsaire en titre de la couronne d’Angleterre contre l’Armada espagnole. Un siècle plus tard, Jean Bart reçoit des lettres de course du chef de Louis XIV et s’en prendra avec panache à la flotte des Provinces-Unies. Il y a quelques jours, les forces armées US se sont emparées en haute mer du pétrolier russe Marinera (née Bella-1), selon des méthodes semblables à celles de ces prédécesseurs, qu’on distinguera avec soin des pirates.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les rapts&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Assurément, l’un des plus vieux métiers du monde, le rapt n’est en rien l’apanage de la mafia qui cède au monde politique une sorte de présidence d’honneur. A ce titre, Bonaparte procède au ravissement du pape Pie VI, tandis que Hitler réussi un doublé lorsqu’il met la main tant sur le roi des Belges Léopold III que sur le fils de l’amiral Horthy, régent du Royaume de Hongrie. Dans la nuit du 2 au 3 janvier dernier, le Président Trump ordonne une opération militaire spectaculaire qui aboutira à la capture di président vénézuélien, Nicolás Maduro et de son épouse. &lt;em&gt;Good job.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les assassinats&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le rapt peut se présenter comme un outil efficace sur le plan politique, il peut s’avérer que les circonstances exigent une solution plus &lt;em&gt;clean&lt;/em&gt;, l’assassinat, qui met un point final aux hésitations. Caligula et ses ennemis, Ivan le Terrible et le reste de la Russie, Bonaparte et le Duc d’Enghien, le Président Trump et Qasem Soleimani, autant de solutions nettes. Le fantôme de Caligula nous rappelle utilement cependant que cette arme efficace peut se retourner contre son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’annexion&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le spectre de l’annexion du Groenland semble s’être éloigné pour le quart d’heure. Les germanistes se souviendront cependant qu’en allemand, annexion se traduit par Anschluss et renvoie à celui dont on ne doit pas prononcer le nom.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/donald-trump-au-crible-de-lhistoire/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>La Menace Atlante</title><link>https://lanouvelleligne.com/la-menace-atlante/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/la-menace-atlante/</guid><description>La Menace Atlante, un album dans la série Blake et Mortimer, qui peine à convaincre et risque de lasser le lecteur.</description><pubDate>Tue, 06 Jan 2026 01:51:37 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/la-menace-atlante.C2cf7qpt_1QLPRa.webp&quot; alt=&quot;La Menace Atlante&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;La Menace Atlante&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Alle (zwei) Jahre wieder&lt;/em&gt;. Tous les deux ans, paraît un nouvel album de la série &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Blake_et_Mortimer&quot;&gt;Blake et Mortimer&lt;/a&gt;, que les enfants de La Nouvelle Ligne lui offrent à Noël en guise de marque de piété filiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle Ligne l’a déjà souligné, plus s’accroît le nombre des albums et plus il devient difficile de ranger le dernier né au sein de la fratrie, sous réserve du respect de l’unité de temps, qui s’écoule en gros de 1945 à 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec La Menace Atlante, le scénariste Yves Sente invente une astuce qui lui permets d’échapper aux contraintes du temps et même de l’espace, en prenant appui sur un album existant de Jacobs, vieux de septante ans, L’Énigme de l’Atlantide.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Blake et Mortimer de retour chez les Atlantes&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Menace Atlante démarre de manière classique, qui met en scène &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/blake-et-mortimer-signe-olrik/&quot;&gt;Blake et Mortimer&lt;/a&gt; face à un phénomène mystérieux. Cependant, bien vite Sente insère une histoire dans l’histoire, sorte de suite à l’Énigme de l’Atlantide, et dans laquelle les deux héros n’apparaissent guère, davantage comparses que moteurs de l’intrigue. Il en résulte un scénario que La Nouvelle Ligne juge assez laborieux, une histoire qui s’étire parmi ses références internes. Quant au lecteur, il devinera rapidement le dénouement de l’intrigue si bien qu’il aura du mal à se laisser captiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter Van Dongen, dessinateur de talent, adopte un graphisme classique, élégant et précis, qui renvoie à la ligne claire du premier Jacobs. Avec son mélange d’évocation de la Grèce antique et de science-fiction, Jacobs avait lui-même fait appel dans l’Énigme au style de la BD américaine, et à celle de Flash Gordon en particulier. En dépit d’une mise à jour de ce que le lecteur entend par science-fiction, par exemple l’apparition de tablettes et de montres connectées, la description de l’univers des Atlantes avec ses couleurs criardes et ses dialogues ampoulés, relève, de l’avis de La Nouvelle Ligne, d’un style vieilli.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Des sujets d’actualité&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De même que Jacobs avait traité des thèmes de son temps, au premier rang desquels figurait la guerre froide, Sente aborde des sujets propres au premier quart du XXIe siècle. Il y évoque d’une part la question de l’énergie et celle de l’exploitation des fonds marins, désormais un enjeu stratégique, et d’autre part les menaces qui planent sur la démocratie ; là où, dans l’album, des bombardiers soviétiques survolent les côtes écossaises, il n’est pas difficile d’y voir une allusion aux chasseurs russes qui de nos jours se livrent aux mêmes manœuvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on notera une référence au gouvernement de Gaston Eyskens en Belgique (1958-1961), qui permet de situer l’histoire dans le temps, mais surtout les clins d’œil à la culture pop contemporaine : le canon du révolver de James Bond qui figure dans la bande annonce des films, et puis, de manière plus surprenante Jane Asher jeune fille, avant qu’elle ne devienne la compagne de Paul McCartney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En définitive on retiendra de la Menace Atlante un album qui, s’il se veut un hommage explicite à Jacobs, pèche sans doute d’un manque de cohérence et n’aura sans doute pas destiné à être retenu le meilleur de la série.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-menace-atlante/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Slow Horses, saison 5</title><link>https://lanouvelleligne.com/slow-horses-saison-5/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/slow-horses-saison-5/</guid><description>Slow Horses, saison 5, les bras cassés de MI5 de retour dans l&apos;univers glauque d&apos;un Royaume-Uni en déclin.</description><pubDate>Fri, 19 Dec 2025 03:58:08 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/slow-horses-saison-5.mR1jK0qd_1TQbmJ.webp&quot; alt=&quot;Slow Horses, saison 5&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Slow Horses, saison 5&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Slow Horses, les bras cassés du MI5&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces jours derniers, Apple TV diffusait la saison 5 de &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Slow_Horses&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/slow-horses-saison-4/https://fr.wikipedia.org/wiki/Slow_Horses&quot;&gt;S&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Slow_Horses&quot;&gt;low Horses&lt;/a&gt;, sur laquelle La Nouvelle Ligne porte la même appréciation favorable qu’elle avait portée sur les saisons précédentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait rare dans le monde des séries, parvenue à la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/slow-horses-saison-4/&quot;&gt;saison 5&lt;/a&gt;, elle n’a clairement pas atteint sa date de péremption. On y retrouve la même équipe de bras cassés, qui enquêtent sur une série d’événements étranges, des moteurs de voitures qui prennent feu, et qui ne sont pas sans rappeler l’intrigue qui lance Tintin au Pays de l’Or Noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y retrouve les mêmes protagonistes, les rebuts du MI5 envoyés au purgatoire de Slough House en raison de quelque peccadille, que le spectateur aura bien vite oubliée. Car ce qui compte, c’est leur aptitude à s’accommoder de leur lamentable sort et à réussir là où le véritable MI5 échoue.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Slow Horses, saison 5, le déclin en toile de fond&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les romans d’Agatha Christie trouvent leur place dans les manoirs de la gentry à l’époque où l’empire britannique atteint son apogée, Slow Horses a pour cadre son destin depuis la guerre : les locaux minables de Slough House, les &lt;em&gt;council estates,&lt;/em&gt; HLM britanniques décaties, qui suintent la misère, la malbouffe, la bruine incessante, la grisaille londonienne,  tout cela témoigne d’un déclin impérial que rien ne vient arrêter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ni Mick Herron, l’auteur de romans policiers, dont est tirée la série, ni Sam Metzstein, le réalisateur ne baignent dans une nostalgie &lt;em&gt;brexitienne&lt;/em&gt;. Bien au contraire, ils puisent à grandes brassées dans un fond commun qui fait le charme culturel de la Grande-Bretagne : les romans policiers, mais plus encore les romans d’espionnage de John Le Carré au ton désabusé, un humour pince sans rire, et les sitcoms à la &lt;em&gt;Yes Minister&lt;/em&gt;, qui font la part belle aux réparties. Ils assument à fond le déclin du pays qui non seulement sert de toile de fond à la série, mais en est le véritable sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La qualité de l’interprétation&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme pour les séries précédentes, ce qui emporte l’affaire en définitive, c’est la qualité de l’interprétation, et des joutes verbales que se livrent au premier chef Gary Oldham et Kristen Scott Thomas, suivis de leurs équipiers respectifs. « Seuls les incapables s’en tirent d’ici vivants ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oldman, sale et vulgaire, incarne ce déclin britannique face à Scott Thomas, froide, calculatrice et peu efficace, sauf quand il s’agit de sauver sa peau. Le scénario peu plausible, en définitive, compte pour peu et n’a d’autre but véritable que de permettre à ces jouteurs verbaux de s’affronter. Le spectateur n’y trouvera que du plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/slow-horses-saison-5/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Le Concile de Nicée</title><link>https://lanouvelleligne.com/le-concile-de-nicee/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/le-concile-de-nicee/</guid><description>Le Concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, est un événement fondateur de l’histoire chrétienne.</description><pubDate>Tue, 02 Dec 2025 23:47:35 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/nicee.DvzlvKyR_1BeFGH.webp&quot; alt=&quot;Le Concile de Nicée&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Le Concile de Nicée&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La commémoration exemplaire du Concile de Nicée&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Pape Léon XIV célébrait ses jours derniers le 1700e anniversaire du Concile de Nicée en compagnie du Patriarche Œcuménique Barthélémy Ier, La Nouvelle Ligne attire l’attention de ses lecteurs sur l’ouvrage que Claire Reggio a consacré à ce premier concile, événement capital dans l’histoire de la chrétienté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chargée d’enseignement à l’Université Aix-Marseille, Claire Reggio vise, dans ce petit ouvrage introductif, à replacer le Concile de Nicée dans son contexte historique, a en dépeindre les principales personnalités, à en exposer les enjeux et les décisions prises, et enfin à en tracer les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spécialiste de l’Antiquité, l’auteur met en scène les principaux personnages tant dans le domaine civil que religieux, parmi lesquels émerge sans conteste la figure de l’empereur Constantin.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Nicée, le contexte politique&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Constantin, en effet, avait mis fin à la tétrarchie, qui avait prévalu au tournant du siècle et rétabli l’unité de l’empire ; déjà en 313, il avait publié l’Édit de Milan, un édit de tolérance à l’égard des chrétiens. Si ce dernier mettait fin aux persécutions, il libérait aussi la parole, dirions-nous de nos jours, et avait conduit à l’émergence tant de nombreuses écoles philosophiques chrétiennes que de querelles au sein du peuple, selon ce que rapporte Grégoire de Nysse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier concile œcuménique, c’est-à-dire universel, le concile de Nicée est convoqué à l’initiative de l’empereur Constantin qui estime que l’unité sur le plan religieux doit faire écho à celle qui prévaut désormais sur le plan politique. Le but poursuivi par Constantin est d’établir la concorde au sein de l’Eglise; il charge donc le Concile de s’accorder sur la date de Pâques et de trancher les débats théologiques au sujet de la question du Fils. En effet, de vives disputes agitaient l’Eglise d’alors, déclenchées en particulier par les prises de position d’une prêtre d’Alexandrie appelé Arius.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les décisions du Concile de Nicée&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concile adoptera donc une définition de la date de Pâques mais pas un mode de calcul suffisamment exact, compte tenu des connaissances en astronomie d’alors, si bien qu’occidentaux et orientaux continuent de nos jours à célébrer Pâques selon deux calendriers différents. Mais surtout, en réponse à la querelle de l’arianisme, le Concile adoptera une confession de foi, appelée &lt;em&gt;Credo&lt;/em&gt; en latin, commune à la plupart des églises de nos jours, et que les catholiques récitent à la messe tous les dimanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet aspect qui peut paraître routinier, se cachent d’intenses réflexions. Peut-on même rédiger une définition de Dieu et plus encore faire appel à des notions issues de la philosophie grecque mais étrangères à la Bible, pour distinguer le Père du Fils et plus tard du Saint- Esprit ? Oui, répondent le Pères conciliaires, sous la présidence de l’empereur. Par ailleurs, le concile publiera vingt canons ou règles, qui traitent de sujets dont certains sont toujours d’actualité comme les mœurs des clercs ou la place des diaconnesses.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les effets du Concile de Nicée dans l’histoire&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/george-weigel-la-sanctification-du-monde/&quot;&gt;Concile&lt;/a&gt; peinera à déployer tous ces effets en un premier temps, à telle enseigne que l’arianisme ne s’éteindra de manière définitive qu’au VIIe siècle. En revanche avec Constantin naît la figure du souverain protecteur de l’Eglise et qui donnera plus tard naissance aux monarchies chrétiennes en Europe. Mais surtout avec le concile de Nicée, le christianisme opère la mutation d’une simple prédication vers la constitution d’une doctrine chrétienne, la naissance d’une théologie dogmatique et l’émergence d’un droit canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le lecteur peut parfois se perdre parmi les disputations que se livrent Arius, Alexandre et Athanase sur le plan religieux et les batailles qu’engagent Constance et Maxence, Claire Reggio présente néanmoins un ouvrage très clair, rédigé avec rigueur, qui permet au lecteur non savant de prendre connaissance de cet événement capital dans l’histoire du christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire Reggio, Nicée, 1700 ans d’histoire, éditions du Cerf, 2025&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/le-concile-de-nicee/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Chrétiens d&apos;Orient</category><category>Critiques et recensions</category><category>Église</category></item><item><title>Histoire du franc suisse</title><link>https://lanouvelleligne.com/histoire-du-franc-suisse/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/histoire-du-franc-suisse/</guid><description>Un récit dans le temps long où l&apos;auteur replace le franc suisse dans le contexte de l&apos;histoire de la Confédération.</description><pubDate>Fri, 21 Nov 2025 02:02:25 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/the-swiss-franc.CA0IfSi1_1KkxBR.webp&quot; alt=&quot;Histoire du franc suisse&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Histoire du franc suisse&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Mélange de récit et de recherche académique très fouillée, Costa Vayenas, un professionnel de la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-langue-francaise-au-risque-de-la-finance/&quot;&gt;finance&lt;/a&gt; établi à Zurich, livre ici une histoire du franc suisse.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;De la finance conjuguée à l’histoire&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vayenas est non seulement un professionnel qui maîtrise la macro-économie, les flux commerciaux et de capitaux, les taux de change, les réserves d’or et de devises détenues par les banques centrales, mais se révèle aussi un connaisseur avisé de l’histoire de la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, fait-il montre d’un réel talent pour placer les enjeux auxquels fait face l’économie suisse aujourd’hui dans le temps long de l’histoire de la Confédération.  Petit pays, la Suisse dépend du commerce extérieur pour assurer sa croissance et sa prospérité. Hier elle exportait des services en matière de défense, plus connus comme les mercenaires, les gardes et les régiments suisses, dont les gages étaient payés dans la devise de leur employeur, ici le Roi de France et là le Pape ; aujourd’hui, si elle exporte des montres et des produits pharmaceutiques, son modèle d’affaires est au fond demeuré le même. Hier comme aujourd’hui, l’excédent de la balance courante (biens et services), permet à la Confédération d’engranger des réserves, à savoir des créances sur l’étranger, et de fonctionner en qualité d’un &lt;em&gt;sovereign wealth fund&lt;/em&gt; qui ne dit pas son nom.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Des voisins encombrants&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L’histoire de la Suisse et de sa monnaie est aussi celle des relations avec ses puissants voisins, le Royaume de France et le Saint-Empire alors, l’Union Européenne aujourd’hui. Les Bilatérales III, sans cesse remises sur le tapis, ne sont au fond que la manifestation moderne de la Paix Perpétuelle conclue pour la première fois en 1516 et renouvelée à maintes reprises.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Neither a borrower or a lender be&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans doute l’âme du gnome de Zurich l’incitera toujours à se retrouver dans la position du créancier plutôt que dans celle du débiteur ; cependant, cette position, confortable à première vue, entraîne avec elle son lot d’inconvénients. Que faire dès lors que le Président Trump s’efforce de dévaluer le dollar, la devise dans laquelle sont libellées une partie des réserves de la Banque Nationale Suisse (BNS) ? Et que dire des assignats, cette &lt;em&gt;fiat currency&lt;/em&gt; émise par la Première République française en lieu et place de l’or du roi déchu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs avisés reconnaîtront en couverture le taux de change USDCHF exprimé sur plus de deux siècles. L’appréciation du franc suisse, en particulier depuis l’abandon de la convertibilité du dollar en or par le Président Nixon en 1971, repose toujours sur la part importante de réserves en or détenue par la BNS.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La force des institutions&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, elle est le reflet de la conviction dans le chef des investisseurs que la BNS se situe à l’abri de pressions qu’exerceraient le Conseil Fédéral ou le Conseil National. Il ne s’agit pas ici de vertus mais d’institutions car, à la différence mettons des Etats-Unis ou de la France, le pouvoir exécutif en Suisse s’exerce au sein d’un organe collectif qui ignore les hommes forts ou, du moins, les absorbe dans le doux anonymat du sein maternel d’Helvetia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire du franc suisse qui s’étend ternte ans dans l’avenir, jusqu’en l’an 2055? Oui, c’est l’échéance maximale des taux de change à terme, estimés sur base des cours actuel du &lt;em&gt;Long Bond US&lt;/em&gt; et du Confédération 30 ans. &lt;em&gt;You have been warned.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Costa Vayenas, The Swiss franc from 1798 to 2055. Brugg: 2025, 175 pages&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/histoire-du-franc-suisse/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Juan-Carlos: Mémoires d’Exil</title><link>https://lanouvelleligne.com/juan-carlos-memoires-dexil/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/juan-carlos-memoires-dexil/</guid><description>L&apos;ancien roi d&apos;Espagne Juan-Carlos se livre à mauvais escient dans une tentative jugée maladroite.</description><pubDate>Sat, 08 Nov 2025 23:38:41 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/juan-carlos.ek0ZemVS_Z19oUiq.webp&quot; alt=&quot;Juan-Carlos&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Juan-Carlos: Mémoires d’Exil&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les rois ne se confient pas pourtant.&lt;/em&gt; C’est sur cette phrase que s’ouvrent les mémoires du &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/juan-carlos-la-chute-et-lexil/&quot;&gt;Roi Juan-Carlos&lt;/a&gt; qui paraissent ces jours-ci en français avant même leur traduction en espagnol le mois prochain. Aux oreilles d’un lecteur de langue française, la phrase évoque l’ouvrage que Gérard Davel et Fabrice Lhomme avaient consacré en 2016 à François Hollande, &lt;em&gt;Un Président ne devrait pas dire ça.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Juan-Carlos: des aveux qui peinent à convaincre&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En dépit de sa propre mise en garde, Juan-Carlos lui va se confier abondamment et passer en revue sa famille, ses maîtresses, ses comptes dissimulés en Suisse et les chasses au Botswana. Et s’il a pu commettre des erreurs, ce n’étaient ma foi que des erreurs de jugement, comme accepter ce cadeau de la part du Roi d’Arabie à hauteur de cent millions de dollars, qui a pu créer l’impression fâcheuse qu’il s’agissait d’un pot de vin. Ensuite, il y a la belle Corinna, avec qui il a entretenu une relation aujourd’hui jugée regrettable, d’autant qu’elle s’est achevée sur un procès et une transaction de 65 millions de dollars. Ah oui, et n’oublions pas ce malheureux éléphant mort, dont la chasse est interdite au Botswana. Mais, au soir de sa vie, quel est l’homme qui ne ploie sous le poids des regrets ?&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Juan-Carlos: des mémoires qui irritent&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le titre &lt;em&gt;Réconciliation&lt;/em&gt; suggère un ballon d’essai dans le chef du roi émérite qui, né en exil à Rome en 1938 et désormais en exil à Abou Dabi, tente de discerner si les conditions d’un retour définitif en Espagne se présentent à lui. &lt;em&gt;¡No !,&lt;/em&gt; répondent les talk-shows que La Nouvelle Ligne a pu regarder sur YouTube : trop de femmes, trop d’argent, trop de mélanges entre la vie privée et la vie publique. Trois éléments en particulier viennent irriter la presse espagnole. Tout d’abord, si Juan-Carlos est certes un Bourbon, il est l’ancien Roi d’Espagne, pas de France ; aussi la parution initiale de ces mémoire en français, en réalité due à la plume de Laurence Debray (fille de Régis), qui a agi comme nègre du roi, fait grincer en Espagne. Ensuite il ne se prive pas au fil de ses mémoires d’égratigner sa famille et donc l’institution monarchique qu’il a lui-même incarnée. Enfin il y évoque avec émotion la mémoire du Général Franco, dont on célèbre le cinquantenaire de la disparition ces jours-ci ; certes Juan-Carlos a le droit à ses sentiments personnels, mais c’est mal juger de la température politique qui prévaut en ce moment en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Juan-Carlos: un homme qui ne hume plus l’odeur de son peuple&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1981, lorsque Juan-Carlos avait joué un rôle de premier dans la mise en échec de la tentative de &lt;em&gt;putsch&lt;/em&gt; de Tejero, il avait correctement senti que le peuple espagnol ne souhaitait pas un retour de franquisme. Aujourd’hui ce livre témoigne au contraire de sa déconnexion avec la réalité espagnole. Cette réconciliation masque en fait une quête de réhabilitation, dont il n’est pas certain que l’opinion publique la lui accorde. Non décidément, un roi de devrait pas dire ça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan Carlos 1er d’Espagne, Réconciliation, Stock, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/juan-carlos-memoires-dexil/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>(Ex-Prince) Andrew</title><link>https://lanouvelleligne.com/ex-prince-andrew/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/ex-prince-andrew/</guid><description>Le Roi Charles III retire à son frère Andrew tous ses titres et dignités, sous la pression de l&apos;opinion publique.</description><pubDate>Sun, 02 Nov 2025 03:02:08 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/prince-andrew.BPeS4_xj_ZeSIV9.webp&quot; alt=&quot;Prince Andrew&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;(Ex-Prince) Andrew&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Une exécution publique&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps, que certains regretteront peut-être, où les conflits au sein des familles royales se réglaient de manière franche : assassinat, décapitation, crevaison des yeux comme à Byzance, ou encore exil. Comme une vaccination, une douleur passagère tranchait la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, les souverains ne règnent plus par la grâce des Dieu mais par un consentement de tous les instants, que leurs sujets leur accordent ou au contraire leur refusent. Si donc le Roi Charles III a retiré à son frère Andrew tous ces titres et dignités, c’est bien parce que le peuple, sous la forme de l’opinion publique, lui a forcé la main.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le peuple, un cruel maître&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui comme hier, le peuple se comporte en maître cruel. Dans le cas d’&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/prince-andrew/&quot;&gt;Andrew&lt;/a&gt;, il a dans les faits d’ores et déjà établi qu’il était d’une part un pédophile et d’autre part qu’il s’était enrichi de manière illicite dans le cadre de missions économiques menées pour le compte de la Couronne. Il est certes possible que ce jugement soit le bon, mais la sentence a été rendue sans procès, sans appel et sans rémission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pro rege, lege et grege&lt;/em&gt; dit un adage latin, que certains traduisent de façon malicieuse &lt;em&gt;En lieu du roi, lisez le peuple&lt;/em&gt;. Sa véritable signification est en réalité une injonction faite à la monarchie de se maintenir non seulement à l’écoute du peuple mais de demeurer en phase avec lui. A défaut, il y a lieu de se retirer comme le Roi Baudouin en 1990. L’annonce il y a dix jours à peine, qu’Andrew conserverait son titre de duc d’York mais n’en ferait pas usage illustre ce déphasage ; le public du XXIe siècle n’en a cure de ces distinctions d’un autre âge. &lt;em&gt;Keep it simple.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les événements survenus autour d’Andrew doivent amener les membres des familles royales à poser un choix. L’appartenance publique à une famille régnante implique une vie de service, pas d’enrichissement personnel en monétisant l’institution. Que ceux qui veulent faire autre chose le fassent, mais à titre privé.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/ex-prince-andrew/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Prince Andrew</title><link>https://lanouvelleligne.com/prince-andrew/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/prince-andrew/</guid><description>Le Prince Andrew renonce à ses titres, sous pression, semble-t-il, du Palais et peut-être du gouvernement.</description><pubDate>Mon, 20 Oct 2025 22:47:48 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/prince-andrew.BPeS4_xj_ZeSIV9.webp&quot; alt=&quot;Prince Andrew&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Prince Andrew&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Communiqué du Prince Andrew&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 17 octobre dernier, le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Andrew_du_Royaume-Uni&quot;&gt;Prince Andrew&lt;/a&gt;, frère du roi d’Angleterre, publiait un communiqué dans lequel il déclarait, après avoir consulté le Roi Charles III, renoncer à l’usage de son titre de Duc d’York, du prédicat d’Altesse Royale et des autres honneurs qui lui avaient été conférés, parmi lesquels la prestigieuse dignité de chevalier de l’Ordre de la Jarretière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause immédiate de ce communiqué est la divulgation quelques jours auparavant de courriels envoyé par le Prince à feu Jeffrey Epstein, après que celui-ci ait été condamné pour faits de pédophilie. Non seulement s’agit-il là d’une grave erreur de jugement, mais l’existence de ces courriels semblent démentir les affirmations du prince lors d’une entrevue accordée à la BBC en 2019. Une partie de la presse britannique n’a pas hésité à qualifier le prince de menteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s’ajoutent les contacts entretenus par le Prince avec Yang Tengbo, un homme d’affaires chinois, interdit d’entrée du territoire du Royaume-Uni en 2023 au motif qu’il utilisait ces contacts à des fins d’espionnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrière l’agrément du roi qu’évoque le communiqué, il faut sans doute lire la pression exercée par le Palais, et peut-être aussi par le gouvernement, pour que le prince renonce de lui-même aux honneurs, qu’à défaut on lui aurait retirés sous la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le Prince Andrew, présumé innocent&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est important de souligner que le prince n’a jamais été condamné dans une cour de justice pénale, bien qu’en revanche, en février 2022, le prince avait conclu un accord à l’amiable avec Virginia Giuffre. Elle avait intenté en effet une procédure civile à son encontre, dans laquelle elle affirmait avoir été contrainte d’entretenir des relations sexuelles avec le prince, alors qu’elle était encore mineure, victime d’un trafic sexuel mis en place par Jeffrey Epstein et sa complice, Ghislaine Maxwell, aujourd’hui condamnée et incarcérée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà donc le prince toujours présumé innocent. En réalité, il a été reconnu coupable non pas par une cour de justice, mais par l’opinion publique britannique, qui réclamait sa tête depuis plusieurs jours. Si le Roi a forcé la main du prince, alors on peut penser que l’opinion publique a forcé celle du Roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/familles-royales-mode-demploi/&quot;&gt;La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt; a plusieurs fois eu l’occasion d’exprimer son point de vue selon lequel, quel que soit l’arrangement constitutionnel,  tout conflit qui oppose le peuple à la Couronne, s’achève sur la victoire du peuple.  &lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Quelles leçons tirer ?&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une foule. La première est que les membres des familles royales qui souhaitent mener leur vie privée comme ils l’entendent, notamment dans le domaine des affaires, sont priés de quitter l’institution. La Reine Elisabeth II avait raison à cet égard au sujet de Harry et Meghan ; il ne saurait être question d’avoir un pied dedans en un pied dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est que ceux qui souhaitent servir l’institution monarchique se soumettent à la gouvernance du gouvernement. Si le Prince Andrew a pu faciliter l’accès auprès de dignitaires étrangers, il a pu aussi donner l’impression de mener une diplomatie parallèle, où se mêlaient intérêts privés et publics, à l’insu du gouvernement, voire à son encontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième est que les membres d’une famille royale se doivent non seulement d’être, mais de paraître, comme la femme de César, au-delà de tout soupçon. C’est peut-être encore davantage le cas pour la monarchie britannique, dont la légitimité repose sur le consentement populaire apporté à sa politique d’apparat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a fort à parier qu’à ces courriels en succéderont d’autres, qui risquent de jeter le discrédit plus encore sur le prince. L’action du Roi Charles III sera alors jugée à cette aune. Décision en temps et en heure ou décision tardive ; décision résolue ou aboutissement d’un train d’hésitations ; attitude bienveillante face aux agissements de son frère là où la fermeté était de mise. Charles III, qui se dévoue corps et âme à sa fonction, risque de ne pas sortir indemne de ce lamentable épisode.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/prince-andrew/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Sarkozy, Pétain et Louis XVI</title><link>https://lanouvelleligne.com/sarkozy-petain-et-louis-xvi/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/sarkozy-petain-et-louis-xvi/</guid><description>Quels sont les chefs d’Etat qui ont été condamnés en France? Nicolas Sarkozy rejoint les rangs de Louis XVI et du Maréchal Pétain.</description><pubDate>Mon, 13 Oct 2025 04:06:56 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/nicolas-sarkozy.COUZ7QhM_246LlN.webp&quot; alt=&quot;Nicolas Sarkozy&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Sarkozy, Pétain et Louis XVI&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Sarkozy&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La condamnation ces jours derniers de Nicolas Sarkozy pour chef d’association de malfaiteurs l’introduit dans le club très restreint des chefs d’État condamnés et incarcérés, qui en France ne comptait que deux membres jusqu’ici, Louis XVI et le Maréchal Pétain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d’emblée que les circonstances qui président à ces trois procès sont bien différentes ; en 1793 la France est en proie à la tourmente révolutionnaire tandis que lorsque s’achève le procès du Maréchal en août 1945, le pays sort de près de six années de guerre. En comparaison, les difficultés actuelles rencontrées par le Premier Ministre à former un gouvernement paraissent bien modestes. Mais surtout les chefs d’accusation sont d’un tout autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Louis XVI&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_Louis_XVI&quot;&gt;Louis XVI&lt;/a&gt;, peut-on lire sur Wikipédia, est poursuivi pour trente-trois chefs d’accusation par la Convention qui s’érige elle-même en tribunal. Au terme du procès il sera condamné pour conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l’État et, comme chacun sait, exécuté le lendemain de sa condamnation. Le roi déchu se déclare « innocent de tout ce dont on l’inculpe », une protestation qu’on entendra à nouveau en 2025.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le Maréchal Pétain&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/petain-le-proces-de-la-france/&quot;&gt;Le Maréchal Pétain&lt;/a&gt; quant à lui est jugé à l’été 1945 par la Haute Cour de Justice, une instance créée à la Libération. Il sera jugé coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison, et condamné à mort. Le Général de Gaulle qui préside alors le Gouvernement Provisoire a la sagesse de ne pas procéder à l’exécution d’un homme âgé de quatre-vingt-neuf ans et de commuer sa peine à la détention à perpétuité. Comme bientôt Nicolas Sarkozy, le Maréchal Pétain connaître la prison et comme lui aussi, il sera déchu de la Légion d’Honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1793, la République instruit un procès envers la monarchie, tandis qu’en 1945 c’est au tour de la résistance d’intenter un procès à la collaboration.  Dans ce sens, il s’agit bien dans l’un et l’atre cas d’un procès politique dans lequel le chef de l’État incarne le camp des inculpés. Quelles que soient les intentions qu’on puisse prêter ou pas aux juges de l’ancien président, on ne retrouve rien de tout cela dans le procès de Nicolas Sarkozy qui ne concerne en rien les institutions de la République à laquelle il a présidé.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/sarkozy-petain-et-louis-xvi/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>Les femmes des Kennedy</title><link>https://lanouvelleligne.com/les-femmes-des-kennedy/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/les-femmes-des-kennedy/</guid><description>Maureen Callahan, journaliste d&apos;investigation, mène l&apos;enquête au sujet des femmes dans l&apos;entourage des Kennedy.</description><pubDate>Tue, 30 Sep 2025 01:11:18 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/ask-not.B59WuRp9_1oU0WG.webp&quot; alt=&quot;Les femmes des Kennedy&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Les femmes des Kennedy&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Ask not&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;**“**Ask not what your country can do for you – ask what you can do for your country”. Tirée du discours prononcé par John Kennedy à l’occasion de son inauguration le 20 janvier1961, cette phrase est non seulement devenue célèbre mais en est venu à symboliser sa présidence écourtée. Avec son livre « &lt;em&gt;Ask Not&lt;/em&gt; », &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Maureen_Callahan&quot;&gt;Maureen Callahan&lt;/a&gt;, journaliste d’investigation, en détourne habilement la signification pour lui donner le sens de « ne posez pas de question, circulez, il n’y a rien à voir ».  Mais quels sont donc ces questions qu’il ne convient pas de poser ? Le titre complet du livre nous en donne la réponse : « The Kennedys and the women they destroyed ».&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les Kennedy, des hommes à femmes&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maureen Callahan part donc à la recherche des nombreuses femmes qui ont gravité dans l’orbite de la famille Kennedy : épouses, maîtresses, jeunes filles au pair, employées, stagiaires – la liste est longue. Car les Kennedy sont des hommes à femmes, qui demandent de leurs épouses d’une part qu’elles leur assurent une descendance et d’autre part qu’elles tiennent leur rang, tandis qu’ils exigent de toutes les autres qu’elles leur prodiguent des faveurs sexuelles sur demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’auteur n’épargne au lecteur aucun des détails très crus qui jonchent son ouvrage, mais que La Nouvelle Ligne taira par pudeur. Deux histoires, plus connues, méritent néanmoins d’être relevées dans le cadre de ce blog.  La première est celle de Mary Jo Kopechne morte non pas sous le choc, ni même noyée, mais d’asphyxie, après que Ted Kennedy ait plongé sa voiture dans la mer en franchissant le pont de Chappaquiddick; Ted Kennedy ne signalera l’accident que le lendemain matin à la police, alors que Mary Jo Kopechne était déjà morte, non sans avoir regagné son hôtel pour la nuit. La seconde est celle du récit glaçant de la lobotomie pratiquée sans anesthésie sur Rosemary Kennedy, sœur de John, Robert et Ted, sur instruction de leur père Joseph, et qui fera d’elle une handicapée mentale pour le restant de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les Kennedy, entre Eros et Thanatos&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon l’auteur, on décèle une noire pulsion qui parcourt les veines des hommes de la famille Kennedy. Leur pratique sexuelle se relève brève, violente, parfois empreinte de risque, une relation technique dont les sentiments et même le plaisir sont absents. Et là où est Eros, là aussi est Thanatos, les deux assassinats de John et Robert, le suicide de Mary Richardson, l’épouse de RFK Jr, l’accident d’avion qui coûta la vie à Kathleen en 1948 et à JFK Jr en 1999 et qui, d’après Callahan, tenait la mort, pour l’orgasme suprême.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le rapport au pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais le fond de l’affaire demeure le rapport du pouvoir au sexe. Le discours inaugural de JFK, &lt;em&gt;Ask Not&lt;/em&gt;, l’envoi d’un homme sur la lune dans le cadre du programme Apollo, la fermeté face à l’URSS lors de la crise des missiles, le combat pour les droits civiques mené par RFK, autant de causes nobles que le monde admire alors comme aujourd’hui, mais qui nourrissent par ailleurs chez ces hommes un sentiment d’impunité. L’exercice du pouvoir devient alors ce lieu qui permet de donner libre cours à des phantasmes sexuels, et dont la réalisation alimente à son tour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce sombre tableau émerge une seule femme, belle, distinguée, cultivée, &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/jackie-kennedy-la-mise-en-scene-de-lhistoire/&quot;&gt;Jackie&lt;/a&gt;, qui après la mort de son second mari Aristote Onassis en 1975, sera employée &lt;em&gt;comme tout le monde&lt;/em&gt; par Doubleday, une maison d’édition américaine. Elle faisait ce qu’elle souhaitait faire, plutôt que ce que ses maris souhaitaient qu’elle fasse ; il avait fallu que la grande faucheuse y passe à deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;em&gt;Ask Not: The Kennedys and the Women They Destroyed&lt;/em&gt; by Maureen Callahan is published by Mudlark (£25).&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/les-femmes-des-kennedy/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>La Duchesse de Kent</title><link>https://lanouvelleligne.com/la-duchesse-de-kent/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/la-duchesse-de-kent/</guid><description>Le Roi Charles III assiste aux funérailles de la Duchesse de Kent dans la cathédrale catholique de Westminster.</description><pubDate>Mon, 15 Sep 2025 23:34:12 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/katharine-duchesse-de-kent.ChyRZD7v_Z1Ksopz.webp&quot; alt=&quot;Katharine, Duchesse de Kent&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;La Duchesse de Kent&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours s’éteignait à l’âge de 92 ans &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Katharine_Worsley&quot;&gt;Katherine Worsley&lt;/a&gt;, épouse du Duc de Kent, petit-fils du roi Georges V et cousin germain de feue la reine Elisabeth II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, elle a appuyé son mari dans le cadre de ses fonctions de représentation, mais elle a aussi su se forger une place à elle, en particulier lors de la remise des trophées des tournois de tennis de Wimbledon. Le monde retient d’elle son geste de consolation envers la joueuse Jana Novotná, en proie à l’émotion après sa défaite face à Steffi Graff en 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, elle a renoncé à son prédicat de d’Altesse Royale, de même que François d’Assise s’était dépouillé de ses vêtements, et elle était devenue Madame Kent, professeur de musique.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Home to Rome&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et puis encore, la duchesse a franchi un pas qui, dans son contexte, est énorme : anglicane de naissance, en 1994 elle se convertit au catholicisme, en partie avec l’appui spirituel du &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/jean-charles-roux/&quot;&gt;Père Jean Charles-Roux&lt;/a&gt;. S’il s’agit certes avant tout d’une décision personnelle, elle revêt néanmoins une dimension politique considérable. En effet, &lt;em&gt;l’Act of Settlement&lt;/em&gt; (modifié depuis) qui remonte à 1701, interdit aux membres de la famille royale de se convertir au catholicisme ou d’épouser un catholique sous peine d’exclusion de la succession à la couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’époque, cette loi vise avant tout à exclure les membres catholiques de la Maison de Stuart et leurs successeurs mais il cristallise des siècles de préjudice mesquin à l’encontre des catholiques au Royaume-Uni. Dans la série Downton Abbey, Lord Grantham déclare à un moment donné que « &lt;em&gt;Roman Catholicism sounds foreign&lt;/em&gt; », au sens où cette religion est perçue à la fois comme étrange et étrangère à l’âme de l’Angleterre. Si Grantham est bien entendu un personnage de fiction, sa remarque saisit néanmoins quelque chose de vrai dans la culture anglaise d’alors.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Un autre converti&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours, le roi Charles III s’est rendu à Birmingham en visite auprès de l’Oratoire Saint Philippe Néri fondé par John Henry Newman, le converti le plus célèbre de son temps, depuis canonisé par le pape François en 2019 et tout récemment proclamé Docteur de l’Eglise par Léon XIV.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le geste du Roi&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 16 septembre le Roi Charles III, gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre, assistera à la messe de funérailles de la Duchesse de Kent que célèbrera le cardinal Vincent Nichols dans la cathédrale de Westminster. On ne saurait minimiser la portée de ce geste de bienveillance. Il s’agira en effet des toutes premières funérailles catholiques publiques d’un membre de la famille royale depuis le XVIIe siècle et des toutes premières à être célébrées dans cette cathédrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le roi entend en premier lieu rendre hommage à &lt;em&gt;caring Katie&lt;/em&gt;, une grande dame, dont la vie aura été marquée par la foi chrétienne, la noblesse, l’humilité et le dévouement, son geste recouvre une portée plus large qui résonne tout autant au sein de l’Eglise catholique que de l’Eglise d’Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-duchesse-de-kent/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Église</category><category>Société</category></item><item><title>Belges et Français</title><link>https://lanouvelleligne.com/belges-et-francais/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/belges-et-francais/</guid><description>Quelles différences entre Belges et Français? D’un côté, l’héritage d’une grandeur passée, de l’autre une bonhommie sams complexes.</description><pubDate>Mon, 08 Sep 2025 22:55:17 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/belges-et-francais.Dhq2c0AL_Z2ucRSH.webp&quot; alt=&quot;Belges et Français&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Belges et Français&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La France, patrie des intellectuels&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cogito ergo sum.&lt;/em&gt; De l’avis de La Nouvelle Ligne, cette phrase célèbre résume au mieux l’esprit français, en l’occurrence un esprit qui produit une pensée abstraite, parfois, comme chez Michel Foucault, au mépris de la réalité. De cet esprit national surgit une espèce indigène propre à la France, l’intellectuel, dont le métier principal consiste à réfléchir à voix haute sur les événements qui agitent le monde ; songeons aujourd’hui à des personnalités comme Michel Onfray, Alain Finkielkraut ou Raphaël Enthoven. Chose plus extraordinaire encore, non seulement ces personnages existent-ils, mais ils rencontrent un large public. En Belgique en revanche, on s’en dispense tout simplement, on poursuit son bout de chemin, on vit sans.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;La Grandeur, héritage du siècle de Louis XIV&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque cette formule célèbre apparaît en 1637 dans le Discours de la Méthode de Descartes, la France est en passe de dominer le monde européen. Le XVIIe siècle ne s’appelle pas encore le Grand Siècle ou le Siècle de Louis XIV (qui ne naît que l’an suivant), mais il est déjà en devenir. Seuls trois personnages historiques, aimait à rappeler le professeur d’histoire de La Nouvelle Ligne il y a cinquante ans, seuls trois personnages donc ont jamais conféré leur nom à un siècle entier, Périclès, Auguste et ici Louis XIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France qui naît de la matrice de la Gaule avec, mettons, le baptême de Clovis en 496, estime avoir pour destinée manifeste d’atteindre la grandeur et de la révéler au monde. « Il faut que la France soit un grand pays car, s’il ne l’était pas, que feraient les Français ? » déclarait le Général de Gaulle dans les années soixante du siècle dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Foutaises », répond le Belge, qui loin de vivre dans l’esprit de grandeur, vit dans le monde tel qu’il est, pétri de réalités charnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l’époque de &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/de-gaulle-une-certaine-idee-de-la-france/&quot;&gt;De Gaulle&lt;/a&gt;, en dépit des belles réalisations des Trente Glorieuses, la messe est dite, la France n’est plus une grande puissance, au moins depuis la défaite de 1940 face à la Wehrmacht. Devenu Président, De Gaulle vendra aux Français l’illusion que la France a gagné la guerre alors qu’en réalité ce sont les Anglais, les Américains et les Soviétiques qui l’ont remportée. L’heure de la décolonisation a sonné, le pinard et les Gitanes cèdent le pas au Coca-Cola et aux Marlboros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’est pas grave, répond le Belge, en 1960 nous avons décampé du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congo_belge&quot;&gt;Congo&lt;/a&gt; en moins de six mois, et maintenant ce foutoir, ce n’est plus notre problème. Prends plutôt une bière, c’est meilleur que du Coca».&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;L’insoutenable légèreté de la Grandeur&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le grandiose héritage de la France, que le monde, y compris les Belges, admirent à juste titre, produit jusqu’à nos jours le mélange impossible de la suffisance et de l’impuissance. Cela est évident de nos jours en matière de politique étrangère ; le Président de la République, lointain héritier du Roi-Soleil, souhaiterait armer l’Ukraine mais n’en a pas les moyens, il souhaiterait mettre sur pied une politique européenne de défense, mais ne peut espérer parvenir à ses fins que s’il dupe ses voisins à la financer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, estime le Belge, être français relève d’une corvée épuisante, où chacun se sent tenu d’incarner une destinée historique, Napoléon, Victor Hugo, Claude Monet. De plus, cette mission exige de maîtriser les lettres, de rédiger un livre, de citer les auteurs classiques au cours d’un débat télévisé, et de déclamer des proclamations solennelles à tout propos. Il existe même une école en France, l’ENA, vouée à l’apprentissage de ces talents. Non, &lt;em&gt;trop is te veel&lt;/em&gt;, en Belgique on n’exige pas d’un conseiller communal qu’il connaisse Molière par cœur pour décider de l’installation d’un feu rouge.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le bon sauvage, une vie paisible&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Belge (et son voisin, le Chti) apparaît comme une sorte de bon sauvage, qui n’a cure des débats qui animent les salons parisiens, qui n’aspire pas à incarner l’excellence universelle. Cinquante après Coluche, le Belge est devenu une sorte de fou du roi qui tend au Français le miroir de son image, quelque peu ridicule dès lors qu’il s’estime plus grand qu’il ne l’est en réalité. « Ce n’est pas grave, répète-il une fois de plus, on vit très bien petit. Prend une deuxième dose de bière, c’est un remède souverain contre la grandiolite ».&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/belges-et-francais/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item><item><title>38 Londres Street</title><link>https://lanouvelleligne.com/38-londres-street/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/38-londres-street/</guid><description>Walter Rauf, un ancien nazi, spécialiste du gazage, croise le Général Pinochet au Chili. 38 Londres Street, le récit de Philippe Sands.</description><pubDate>Mon, 25 Aug 2025 01:52:32 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/38-londres-street.DzEysxsH_B5nxu.webp&quot; alt=&quot;38 Londres Street&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;38 Londres Street&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Troisième volume d’une histoire en partie familiale, à la suite de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/philippe-sands-retour-a-lemberg/&quot;&gt;Retour à Lemberg&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; puis de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-filiere-une-histoire-de-guerre-damour-de-fuite-et-de-mort/&quot;&gt;La Filière&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, 38 Londres Street livre les récits croisés de la tentative avortée d’extradition du Général Pinochet et de la vie de Walther Rauff au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avocat international, spécialiste des questions de droit de l’homme, &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Sands&quot;&gt;Philippe Sands&lt;/a&gt; déploie son talent de narrateur pour expliquer à son lecteur les complexités du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le Général Pinochet à Londres&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1988, alors qu’il est à Londres pour y subir une intervention médicale mineure, Pinochet fait soudain l’objet d’un mandat d’arrêt international et d’une demande d’extradition introduite par le juge espagnol Baltasar Garzón. Il s’agit là d’une procédure inédite qui soulève des questions fondamentales en matière d’immunité et d’impunité dans le domaine juridique. En réalité, cette situation met les gouvernements britannique, espagnol et chilien dans l’embarras ; au terme de nombreux rebondissements, elle conduira au renvoi de Pinochet dans son pays au motif que son état de santé ne lui aurait pas permis de soutenir un procès. Il y mourra sans jamais avoir été jugé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la différence de &lt;em&gt;Retour à Lemberg&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;La Filière&lt;/em&gt;, cette histoire non seulement se déroule dans un passé proche, mais l’auteur en est lui-même un protagoniste discret pour avoir agi comme avocat d’une partie civile dans le cadre de la procédure d’extradition. Si Sands est animé par le souci de l’exactitude, les longs passages qui relatent les complexités de la procédure intentée à Pinochet peuvent cependant lasser le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Un nazi au Chili&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Walther Rauff est quant à lui un officier SS, qui avait mis au point les &lt;em&gt;Gaswagen&lt;/em&gt;, ces camions équipés d’un compartiment hermétique, où étaient gazés leur occupants, version beta en quelque sorte des chambres à gaz. Après la Deuxième Guerre Mondiale, Rauff trouvera en un premier temps refuge en Équateur, où il fera la connaissance de Pinochet, avant de s’établir au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Pinochet mène à bien son coup d’État le 11 septembre 1973, une répression sanglante s’abat sur la société chilienne ; assassinats, disparitions et tortures y deviennent une pratique courante, notamment à l’ancien siège du parti socialiste, au 38 de la rue Londres, et qui donne son titre à l’ouvrage. Au cours de ses recherches, Sands apprend qu’il est lié par alliance à l’une de ces victimes de Pinochet ; trois mille morts ne fournissent qu’une statistique, une seule constitue un drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rauff partage bien entendu le même enthousiasme pour les dictatures militaires que celui des &lt;em&gt;golpistas&lt;/em&gt;, mais surtout son CV affiche une expertise professionnelle avérée, acquise durant la Shoah, en matière de meurtre à grande échelle et de disparition des corps. Sands part donc à la recherche de Rauff, qui est décédé en 1984, et s’il met en lumière de très nombreux indices qui suggèrent son implication dans la disparition des corps des victimes de la torture sous la dictature de Pinochet, jamais il ne sera à même de produire une preuve irréfutable. Si le fil des chemins de Rauff et de Pinochet ont pu se croiser, ils ne permettent pas de tisser une trame, si bien que le lecteur comme l’auteur en resteront sur leur faim.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Une blessure toujours ouverte&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En définitive, on retrouvera dans 38 Londres Street tout le talent de Sands, sorte de Simon Wiesenthal de la littérature d’enquête, l’avocat engagé, le juriste écrivain, qui sait livrer un récit à la manière d’un journaliste. Au-delà des circonstances matérielles des affaires Pinochet et Rauff, l’auteur y explore les thèmes de l’immunité et de l’impunité, de l’histoire et de la mémoire et surtout celui, douloureux et toujours ouvert, des &lt;em&gt;desparecidos&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philip Sands, 38 Londres Street, W&amp;amp;N 2025&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/38-londres-street/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>La Géographie, source de mythes</title><link>https://lanouvelleligne.com/la-geographie-source-de-mythes/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/la-geographie-source-de-mythes/</guid><description>La géographie est-elle en fait établi ou une construction de l’esprit? Huit mythes qui, selon l&apos;auteur, ont façonné notre vision du monde.</description><pubDate>Wed, 06 Aug 2025 22:04:35 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/myths-of-geography.DzlfPlJO_Zey5wD.webp&quot; alt=&quot;La Géographie, source de mythes&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;La Géographie, source de mythes&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, figuraient sur les cartes anciennes des monstres marins qui illustraient les mythes qui hantaient l’esprit des hommes d’alors, des terres peuplées de monstres ou de peuples inconnus. Selon l’auteur d’autres mythes les ont remplacés et président aujourd’hui à la manière dont la cartographie moderne façonne notre vision du monde. Aussi Paul Richardson, professeur de géographie à l’Université de Birmingham, s’attaque-t-il à démonter les huit mythes qui selon lui déterminent la géographie moderne : le nombre des continents, les frontières, la nation, la souveraineté, la mesure de la croissance économique, l’expansionnisme russe, la &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/les-nouvelles-routes-de-la-soie/&quot;&gt;Nouvelle Route de la Soie&lt;/a&gt; et finalement la supposée fatalité de l’Afrique. Selon l’auteur, ces mythes ne décrivent pas le monde tel qu’il est mais comme nous l’imaginons être.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Du mythe à l’opinion&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De l’avis de La Nouvelle Ligne, plutôt que de mythes, il y aurait lieu de parler des prises de positions de Richardson. De son propre aveu, ce professeur dont les recherches se situent à l’intersection de la géographie politique et historique, vise à déconstruire la manière dont nous décrivons le monde et à s’opposer à un déterminisme environnemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, plutôt que de parler des mythes du nombre des continents (qui va de cinq à sept selon qu’on inclut l’Antarctique et qu’on divise ou non l’Amérique en deux continents), La Nouvelle Ligne considère qu’il s’agit d’une convention dont on peut débattre. De même, elle estime que la nation n’est pas un mythe mais une réalité qui souvent s’appuie sur un mythe fondateur, Clovis, Guillaume Tell ou Guillaume le Conquérant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En définitive, plutôt que de traiter de mythes et de leur déconstruction, ce livre expose les opinions de l’auteur en matière d’économie politique, par ailleurs parfaitement légitimes, et qu’on partagera ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Richardson, Myths of Geography, The Bridge Street Press, 2024&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/la-geographie-source-de-mythes/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Critiques et recensions</category></item><item><title>Blanche-Neige – un conte chrétien</title><link>https://lanouvelleligne.com/blanche-neige-un-conte-chretien/</link><guid isPermaLink="true">https://lanouvelleligne.com/blanche-neige-un-conte-chretien/</guid><description>En 2025, Disney adapte Blanche-Neige, son célèbre dessin animé. Derrière la fable des frères Grimm, se dissimule un conte chrétien.</description><pubDate>Thu, 10 Jul 2025 01:58:42 GMT</pubDate><content:encoded>&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://lanouvelleligne.com/_astro/blanche-neige.6bCjU_4Y_17jxoX.webp&quot; alt=&quot;Blanche-Neige&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Blanche-Neige – un conte chrétien&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Ces jours derniers, les &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/regis-debray-comment-nous-sommes-devenus-americains/&quot;&gt;Studios Disney&lt;/a&gt; ont diffusé Blanche-Neige, une adaptation en prise de vue réelles du célèbre dessin animé &lt;em&gt;Blanche-neige et les Sept Nains&lt;/em&gt; paru en 1937. Ce nouveau film a suscité un certain brouhaha, notamment en raison des propos tenus par Rachel Zegler, l’actrice titulaire, qui estimait entre autres que dans le film de 1937, comme du reste dans le conte des Frères Grimm, son héroïne se faisait draguer par le Prince charmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle Ligne n’a pas vu ce film, ni revu le dessin animé de 1937, ni relu le livre de Bruno Bettelheim consacré à la psychanalyse des contes de fée, mais s’est attachée simplement à relire le conte des Frères Grimm.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Blanche-Neige, une orpheline.&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mère de Blanche-Neige meurt en couches et son père, le roi, se remarie. Dès que Blanche-Neige aura atteint sa septième année et que sa beauté se fera jour, sa belle-mère conçoit envers elle de vifs sentiments d’orgueil et de jalousie. Orgueil et jalousie, deux péchés capitaux, qui la mènent non seulement à la haine mais à commanditer un meurtre ; elle ordonne donc à un chasseur de conduire la fillette dans la forêt et de la tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chasseur qui conduit Blanche-Neige dans la forêt certes lui laisse la vie sauve mais l’abandonne néanmoins aux bêtes féroces. Au lieu d’exécuter Blanche-Neige, il tue un marcassin et lui en retire le cœur, qu’il rapporte à la reine. Nourrie par la gourmandise, autre péché capital, la reine le dévore ,croyant commettre à dessein un acte de cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Les Sept Nains&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parvenue à la maisonnette des Sept Nains, Blanche-Neige, alors donc une fillette âgée de sept ans et qui avait faim, y effectue une sorte de première communion, puisqu’elle y mange du pain et y boit du vin en leur absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est soigné chez les Sept Nains, et c’est au contraire l’arrivée des Blanche-Neige qui y crée le désordre (comme dans Boucles d’Or chez les Trois Ours). Néanmoins, Blanche-Neige accepte de prendre en charge le ménage des Nains, tandis qu’ils prospectent le fer et l’or. Les Sept Nains mettent en garde Blanche-Neige qui, il faut bien l’avouer, se montre un peu naïve. De même que le démon tente Jésus à trois reprises, sa belle-mère, à trois reprises, tentera de la tuer. Une première fois, déguisée en mercière, elle l’étrangle à l’aide d’un lacet, une seconde fois en marchande d’un peigne empoisonné et une troisième fois en paysanne qui lui offre une pomme, rouge d’un côté (celui que Blanche-Neige prend) et blanche de l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche-Neige se montre non seulement naïve mais elle ignore les mises en garde répétées des Sept Nains ; elle se montre coquette à deux reprises et comme Eve, croque la pomme, bien qu’elle sache qu’elle ne doive accepter aucun présent. Contrairement aux deux premières fois, la reine croit être parvenue à ses fins, selon ce que lui dit son miroir.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&lt;strong&gt;Le sommeil, sanction de la désobéissance&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les nains aussi la tiennent pour morte et la pleurent pendant trois jours. Cependant, ils ne peuvent se résigner à la porter en terre et c’est pourquoi ils placent le corps dans un cercueil de verre, qu’ils portent en haut de la montagne, où elle demeurera un certain temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque paraît le Prince, il propose tout d’abord aux Sept Nains, d’acheter le cercueil, ce qu’ils refusent. Loin de vouloir draguer la jeune fille, que tous tiennent pour morte, le Prince leur demande alors de lui en faire simplement cadeau, de sorte qu’il puisse honorer et vénérer Blanche-Neige morte, ce que les Sept Nains acceptent alors, car on me marchande pas les morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cahots de la route firent que Blanche-Neige cracha le morceau de pomme empoisonnée et revint à la vie. Alors le Prince proposa à Blanche-Neige de l’épouser et de l’emmener dans son palais, ce qui lui plut car le consentement au mariage requière non seulement l’assentiment mais la pleine conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protocole exigeait que le père du Prince invitât le roi et la belle-mère à la noce. Lorsqu’elle y fut parvenue, la belle-mère reconnut Blanche-Neige et en tomba morte, terrassée par la jalousie, salaire du péché.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dominique de la Barre — &lt;a href=&quot;https://lanouvelleligne.com/blanche-neige-un-conte-chretien/&quot;&gt;Lire et commenter sur La Nouvelle Ligne&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content:encoded><category>Société</category></item></channel></rss>