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Articles étiquetés comme “Editions Gallimard”

Marcher à Kerguelen

Il aurait pu être nommé préfet du département de la Dordogne ou de celui du Loir-et-Cher ; au lieu de cela François Garde aura été administrateur des Terres australes et antarctiques françaises de 2000 à 2004. C’est dans le cadre de ses fonctions qu’il découvre l’archipel Kerguelen ; lorsqu’en 2004 il est muté, il se promet d’y retourner. Ce livre est le récit du retour en 2015 à ce Brideshead des glaces, au cours duquel il parcourt à pied 200 kilomètres en vingt-cinq jours flanqué de trois compagnons, ceux-là avec qui on partage le pain. On est loin des récits de voyage qui relatent, mettons, le souvenir d’un pèlerinage à Compostelle. Car si le pèlerin met ses pas là où d’autres sont passés avant lui, à Kerguelen, cet archipel qu’on appelait autrefois les Iles de la Désolation, dépourvues d’habitants permanents, il n’y a personne dont un puisse suivre la trace. Il y…

Comment nous sommes devenus américains

En 1943, l’année de sa mort, l’année aussi où les fortunes de la guerre mondiale étaient en train de tourner, la philosophe Simone Weil écrivait que « l’américanisation de l’Europe » lui ferait perdre son passé. Régis Debray place cette situation en exergue d’un ouvrage récent, où d’une part il dresse le constat familier de l’influence culturelle des Etats-Unis et où d’autre part il mène une réflexion sur ce phénomène qui, selon lui, a fait de nous des franco-ricains de même que les Gaulois s’étaient rapidement forgé une culture gallo-romaine dans la foulée de la conquête par Jules César. En 1815, la France de Napoléon est battue ; pourtant le Traité de Vienne est rédigé tant dans la langue du vainqueur, l’allemand, que dans celle du vaincu, le français, qui est alors la langue de la diplomatie européenne. En 1919, alors que la France figure au premier rang parmi les vainqueurs de la…

Meurtres au château

A la question que pose Sacha Batthyány en titre du livre « Mais en quoi suis-je concerné? », l’auteur répond aussitôt par ses mots simples : «  il s’agit de moi » ou encore « je voudrais savoir ce dont j’ai hérité ». Auteur suisse Traduit de l’allemand, ce livre d’un auteur suisse issu d’une famille de l’aristocratie hongroise, se veut à la fois quête et enquête, interrogation et réponse. Plusieurs fils s’y entremêlent, la quête de l’auteur pour connaître d’une part une sombre histoire survenue au sein de sa famille mais tue depuis lors et d’autre part pour retrouver les traces du séjour de son grand-père dans le goulag russe, le récit qu’il en fait, l’évocation du traitement psychanalytique que suit Sacha Batthyány et enfin et surtout les morceaux choisis tirés de deux journaux, celui de Maritta, grand-mère de Sacha et celui d’Agnes, une juive hongroise qui habitait avant guerre Sárosd, le même village hongrois que…

Péter Esterházy: La Version selon Marc

Au commencement, deux livres seuls s’ouvraient sur ces mots graves « Au commencement », le Livre de la Genèse et l’Evangile selon saint Jean ; désormais la Version selon Marc de Péter Esterházy vient s’y joindre. Esterházy n’est certes pas un auteur chrétien au sens où le sont, mettons, Chateaubriand et Bernanos mais c’est un auteur dont l’œuvre puise jusqu’au plus profond de la culture européenne y compris dans sa dimension religieuse. Comme son chef d’œuvre, Harmonia Caelestis, la Version selon Marc met en scène les membres se sa famille, tantôt fictifs, tantôt vrais, son frère, ses père et mère, ses deux grand-mères et s’inscrit tout autant dans une tradition familiale qui fait appel à l’évangile selon saint Matthieu (Matthias, père de Péter) qui ouvre le Nouveau Testament tout entier sur la généalogie de Jésus-Christ. Et de même que la généalogie selon saint Matthieu, sans nécessairement toujours être exacte, est vraie, de même l’auteur…

Péter Esterházy (1950-2016)

“Madame la comtesse, les communistes sont arrives”. Tirée de Harmonia Caelestis (Gallimard, 2011), cette phrase résume bien la vie de son auteur, Péter Esterházy, fils d’aristocrate élevé dans un pays communiste, décédé il y a quelques jours. Péter figurera parmi les rares membres de l’aristocratie hongroise à ne pas être sortis, comme on disait alors, ni en 1945 ni en 1956. Figure majeure de la littérature hongroise contemporaine, il se distingue par une langue riche, un ton plein d’humour mais aussi par un style assez éclectique et une syntaxe expérimentale qui peuvent rendre ardue la lecture de ses ouvrages. Harmonia Caelestis nous plonge d’emblée dans un univers familial et même dynastique car il renvoie à une œuvre de la musique baroque, un cycle de cinquante-cinq cantates sacrées composées par Paul, premier prince Esterházy, et publiée à Vienne en 1711. Roman baroque où se mêlent la fiction et les faits liés…

Simon Leys, navigateur entre les mondes

De Ryckmans à Leys On trouve chez Pierre Ryckmans quelque chose de Tintin, le goût du large, la passion de la mer, l’intérêt pour d’autres cultures, du Congo à l’Extrême-Orient, la recherche de la droiture. Ryckmans est de ces hommes discrets, peu connus du grand public, une sommité dans son domaine, celui de la sinologie, et qui aura marqué la vie intellectuelle de son temps, la deuxième moitié du XXe siècle. En 2010, il avait préfacé la biographie que Philippe Paquet avait consacrée à Madame Chiang Kai-shek et c’est par un juste retour des choses que Paquet, lui-même un éminent sinologue, rédige aujourd’hui la biographie de Ryckmans, alias Simon Leys. Car de même que Pierre Assouline avait composé une biographie d’Hergé, plutôt que celle de Georges Rémi, Paquet consacre son ouvrage à Simon Leys, l’homme qu’était devenu Ryckmans. Contraint pour des raisons diplomatiques d’utiliser un pseudonyme pour signer en 1971…

Daniel Cardon de Lichtbuer, une vie plurielle

Les lecteurs belges de La Ligne Claire trouveront peut-être quelque intérêt à parcourir cette recension d’une récente biographie du Baron Daniel Cardon de Lichtbuer, due à la plume de Vincent Delcorps. Comme la Gaule qu’il aura étudiée au cours de latin chez les Jésuites, la carrière du Baron Daniel Cardon de Lichtbuer se divise en trois parties, les institutions européennes, la finance et le secteur non-marchand. Daniel Cardon est lui-même à l’origine de la conception de cet ouvrage, dont il confie la rédaction à Vincent Delcorps, journaliste et historien, bien au fait de l’histoire économique et financière belge de l’après-guerre. Les Institutions européennes À la suggestion de Jean-Charles Snoy, secrétaire général du ministère des Affaires économiques en 1958, Daniel Cardon entame un parcours de haut niveau à la CECA d’abord puis, à la suite de la fusion des exécutifs, à la CEE, en qualité de membre du cabinet d’Albert Coppé,…