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Histoire Critiques et recensions

Lázár

Lázár, une recension du roman de Nelio Biedermann : trois générations d’aristocrates hongrois face aux tragédies de la fin du XIXe siècle, de Trianon à 1956.

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Lázár

Histoire de la Hongrie, un demi-siècle tragique

Au cours de la première moitié du siècle dernier, la Hongrie a connu l’effondrement de la Double-Monarchie, le dépècement de son territoire entériné par le Traité de Trianon, la guerre contre l’Union Soviétique aux côtés de l’Allemagne nazie, la déportation vers Auschwitz de la moitié de ses citoyens juifs, le siège de Budapest, l’avènement d’un régime communiste et le soulèvement populaire de 1956, réprimé dans le sang. C’est beaucoup.

La fin de l’aristocratie

Ces événements dramatiques servent de toile de fond à Lázár, le roman de Nelio Biedermann, un grand succès de librairie paru en allemand en 2025 et récemment traduit en français. Il est aisé de voir dans la famille des barons von Lázár, qui donnent leur titre au livre, une image de celle de l’auteur, dont l’aïeul, Simon Biedermann, un banquier juif, devient le Baron Bidermann von Túrony sous le règne de François-Joseph.

Trois générations de Lázár égrènent ce livre, Sándor, Lajos et István, surnommé Pista, qui y mettra un terme dès lors qu’il aura fui la Hongrie en 1956. De ce point de vue, le roman de Biedermann évoque les Dukáy de Lajos Zilahy, la trilogie de Miklos Bánffy, voire Harmonia Caelestis de Péter Esterházy.

Si Lázár se veut un ouvrage de fiction, il décrit avec assez de justesse ce qu’a pu être la vie de l’aristocratie hongroise il y a un siècle, les prénoms en usage au sein de ces familles, Sándor ou Pál, la pratique de la chasse sur des vastes domaines, en un mot la vie de château d’une classe sociale en ces temps et en ces lieux-là.

Biedermann a su aussi trouver le mot juste dès lors qu’il s’est agi d’évoquer le destin de l’aristocratie au lendemain de la guerre ; l’expropriation pour tous, pour l’un une exécution sommaire, pour l’autre un procès politique, pour beaucoup l’exil intérieur à la campagne ou le choix de la fuite en 1945, ou en 1956 pour ceux qui en avaient trop vu du communisme.

Lázár, un roman porté par les flots de l’histoire

Biedermann fait par ailleurs le choix de plonger son récit dans un univers onirique, peuplé de lacs et de forêts, d’où surgissent des elfes et des fées. De même que le songe et la réalité s’y mêlent et s’y brouillent, s’y croisent aussi la vie et la mort, la vérité et le mensonge, et dont atteste la double vie menée par l’un ou l’autre personnage.

De l’avis de La Nouvelle Ligne, le moteur de ce roman est fourni et même dicté par l’histoire tumultueuse de la Hongrie, contre laquelle les protagonistes ne peuvent rien. Leur seule défense réside dans leur pulsion sexuelle, la seule arme dont disposent les personnages face à un destin qui les dépasse et qui, pour certains, les engloutit. Enfin, en filigrane, on suivra le destin de la communauté juive de Hongrie, de l’ascension sociale à la fin du XIXe siècle, à la chambre à gaz.

La Nouvelle Ligne a lu ce roman avec grand plaisir. Cependant, on est en droit de reprocher à Lázár de se laisser porter par le cours des événements, comme les cadavres emportés par les flots sombres du Danube, et à l’auteur d’enfiler ses personnages comme des perles sur un fil, sans toujours leur conférer beaucoup d’épaisseur. Il n’empêche,  ce livre touche et séduit.

Nelio Biedermann, Lázár, Éditions Belmont pour la traduction française, 2026, 352 pages

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