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Église

Ordre nouveau (et ancien)

Le Pape Léon XIV se rend en France, un pays qui compte un nombre important de fidèles de sensibilité traditionaliste attachés au vetus ordo.

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Léon XIV

Dans quelques jours, le pape Léon XIV est attendu en France, un pays où l’Eglise n’hésite pas à s’affirmer et qui semble connaître un nouveau souffle, dont témoignent les nombreux baptêmes d’adultes ces dernières années. Avec les Etats-Unis, la France est aussi un pays qui compte un nombre important de fidèles attaché à la messe en latin d’avant le Concile Vatican II, célébrée selon le rite tridentin, qu’on appellera ici le vetus ordo.

Vetus ordo : un fait d’Eglise

Ces fidèles qui suivent le vetus ordo (par opposition à la messe de Paul VI, dite le novus ordo) y sont attachés pour une large gamme de motifs, qui s’étend en gros de la sensibilité liturgique au rejet du Concile Vatican II. Le but de cet article n’est pas d’entrer dans l’étude de ces raisons mais de rendre compte d’un fait de société au sein de l’Eglise.

Longtemps, le Saint-Siège fait la sourde oreille face à cette situation, mais la consécration d’évêques par Mgr Lefebvre en 1988 sans mandat pontifical, lui force la main et amène le pape Jean-Paul II à prononcer son excommunication latae sententiae. Avec le motu proprio Summorum Pontificum publié en 2007, Benoît XVI avait souhaité doter la célébration selon le vetus ordo d’un cadre juridique, qui autorisait tout prêtre catholique de célébrer selon l’un ou l’autre rite, selon les circonstances.

Pape François : une intervention fracassante

Pour sa part, avec son motu proprio Traditionis Custodes publié en 2021, le pape François est venu avec fracas mettre un terme à cette situation et abolir Summorum Pontificum d’un trait de plume. Un an plus tôt, le Saint-Siège avait mené une enquête auprès des conférences épiscopales au sujet de leur degré de satisfaction de Summorum Pontificum. Dans la lettre aux évêques qui accompagnait Traditionis Custodes, le pape François se prévalait du résultat de cette enquête pour justifier son intervention. En 2025 cependant, Diane Montagna, une journaliste américaine, dénichait une « Évaluation globale » de la commission au Vatican en charge de la supervision de Summorum Pontificum, et qui montre que les évêques en portaient une évaluation globalement favorable. On ignore aujourd’hui si le pape François a donc agi de mauvaise foi ou s’il a été dupé par ses propres services.

Avec Traditionis Custodes et sa lettre d’accompagnement, non seulement le pape François restreint-il de manière drastique la célébration selon le vetus ordo, mais il interdit l’érection de nouvelles paroisses personnelles à destination des fidèles de sensibilité traditionaliste, et formule ouvertement le vœu que ces restrictions amènent ces fidèles à rejoindre le novus ordo.

Quo vadis ?

Depuis, ces fidèles se retrouvent enfermés dans un ghetto liturgique. Mais à la différence d’un véritable ghetto qui se vide au fur et à mesure que meurent ses habitants, les habitants d’un ghetto liturgique se nourrissent de l’esprit et semblent se multiplier. A titre d’exemple, le pèlerinage tradi de Chartres a rassemblé 20 mille pèlerins en 2026, en augmentation d’environ 40% par rapport aux chiffres d’avant le Covid.

Voilà donc le paysage liturgique que rencontrera le Pape. Jusqu’ici, le Pape n’a guère dévoilé ses cartes en matière liturgique et n’a donné aucun indice quant à une éventuelle abrogation ou modification de Traditionis Custodes. En mars 2026 cependant, le cardinal Parolin, secrétaire d’État, avait écrit aux évêques de France au nom du pape leur demandant de trouver «des solutions concrètes permettant d’inclure généreusement les [communautés de] personnes sincèrement attachées au vetus ordo », dont il reconnaissait par ailleurs la croissance.

Le pape François semblait lui avoir ignoré le dicton américain, If it ain’t broke, don’t fix it. De l’avis de La Nouvelle Ligne, Traditionis Custodes a soulevé davantage de questions qu’il n’en a résolu car, si Summorum Pontificum relevait un peu de passe-passe liturgique, il avait eu le mérite d’apaiser les tensions. Léon XIV semble donc se cantonner dans une sorte de ni-ni pontifical, qui vise à jouer la montre, kicking the can down the road, selon un autre dicton américain.

Vers un novus ordo digne

Déjà, dans la lettre d’accompagnement à Traditionis Custodes, le pape François, à la suite de Benoît XVI, stigmatisait les nombreuses entorses à la fidèle célébration du novus ordo. En dépit de ces protestations, la réalité sur le terrain reste très variable ; ainsi, il n’y a guère La Nouvelle Ligne a assisté à une messe au cours de laquelle le célébrant faisait des bulles à partir d’un bol d’eau savonneuse posé sur l’autel. Aussi, La Nouvelle Ligne formule le vœu que le pape appelle à la digne célébration du novus ordo en latin, selon ce qu’avaient voulu les pères conciliaires.

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