Lorsqu’il faisait campagne en vue des élections présidentielles de 1960, John Kennedy, alors candidat, s’était senti obligé d’assurer à son électorat qu’il ne prendrait pas ses ordres au Vatican. A cette époque, le parti démocrate, dont Kennedy était le champion, se voulait entre autres le parti des minorités, y compris catholique, cette dernière composée alors des Irlandais, des Polonais et des Italiens. Si les catholiques d’alors sont bien entendu admis dans la société, ils font l’objet d’une certaine condescendance par une Amérique dont la culture s’est forgée dans la matrice du protestantisme, en particulier dans sa dimension réformée.
Soixante ans plus tard, Joe Biden, deuxième président catholique de l’histoire des Etats-Unis, non seulement ne se sent plus tenu de justifier son appartenance religieuse, mais n’en fait guère mystère et s’affiche volontiers un chapelet à la main. Entretemps, d’une part des millions de latinos sont venus gonfler l’Amérique catholique, tandis que d’autre part le vote catholique en tant que tel a disparu si bien que de nos jours les catholiques votent comme les autres Américains, pour l’un ou l’autre parti.
Les catholiques dans la cité
Bien plus, les catholiques forment désormais une composante de la société américaine, qui s’affiche sans complexe en tant que telle. Ils fournissent des intellectuels de premier plan, Monseigneur Robert Barron, Dr. Scott Hahn et George Weigel parmi eux, des journalistes ou influenceurs parmi lesquels on retiendra les noms de Megyn Kelly et de Ross Douthat aux côtés de celui de Steve Bannon. Mais ce qui frappe en 2026, c’est le poids des personnalités de confession catholique au sein de l’administration Trump : J.D. Vance le vice-président, Marco Rubio, le secrétaire d’État, l’un et l’autre tenants du courant MAGA, auxquels s’ajoutent six des neuf juges de la cour suprême. A l’heure où les Etats-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur indépendance, le catholicisme s’y est banalisé.
Du sionisme au sionisme chrétien
Pourtant, avec le déclenchement de la guerre d’Iran, cette dimension religieuse de la vie américaine a refait surface de manière soudaine. Cette guerre semble avoir été non seulement portée mais voulue d’une part par Jared Kushner, le gendre du président Trump et un proche du premier ministre israélien Netanyahou, et d’autre part par les tenants d’un sionisme chrétien, un courant très présent parmi les évangéliques. Selon ces derniers, dans une vision littérale de la fin des temps, il est nécessaire que le peuple juif assure son emprise sur la terre d’Israël afin de hâter le second avènement du Messie. Le sénateur Ted Cruz comme Paula White en sont des représentants importants, tandis que le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, lui-même conseillé par Doug Wilson, recourt à un langage biblique en vue de justifier la guerre qu’il est chargé de mener.
Léon XIV vs Donald Trump
A l’heure même donc où le catholicisme s’est établi dans la société américaine, un choc frontal se produit entre l’administration Trump et le Saint-Siège. Lors de son homélie du dimanche des Rameaux, le pape Léon XIV, a dénoncé sans ambages, en s’appuyant sur le livre du prophète Isaïe, ceux qui dévoient le christianisme et invoquent le nom de Dieu non seulement pour justifier mais pour déclencher la guerre. Pas de Gott mit uns chez ce pape-ci.
Entretemps, les évêques américains se sont dressés vent debout contre les pratiques de l’administration en matière d’immigration. S’ils s’abstiennent de se prononcer sur la politique migratoire en tant que telle, au motif précisément qu’il s’agit d’un sujet qui relève de la politique, ils dénoncent avec vigueur la façon cruelle avec laquelle elle est mise en œuvre, et qui conduit des mères à être séparées de leurs enfants.
Six semaines après avoir déclenché la guerre d’Iran, le président Trump, dont l’administration compte le plus grand nombre de catholiques de poids qu’ait jamais connu l’histoire des Etats-Unis, a réussi l’exploit de se mettre à dos l’épiscopat de la plus grande église de son pays, toutes tendances politiques confondues. Quant au vice-président J.D. Vance, il reste muet.
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Bonjour,
Merci de l’envoi de votre article, auquel j’adhère pleinement.
Oui, c’est une bénédiction que le Ciel nous ait donné ce Pape « métis », riche de tant d’appartenances — américaine, française, espagnole, péruvienne, créole, haïtienne et africaine. À travers cette pluralité, il incarne déjà l’universalité vivante de l’Église. Et surtout, il s’impose avec force comme un Pape de notre temps : un Pape qui recentre, qui rassemble, qui rappelle l’essentiel.
Car l’essentiel est là : agir ensemble, dans nos diversités, guidés par le Paraclet, pour faire advenir dès aujourd’hui le Royaume des Cieux — un monde de Liberté, de Justice et de Paix, porté par la joie et l’amour du prochain.
Face au chaos du monde, face au retour inquiétant de logiques de domination qui rappellent les empires violents du passé — piétinant frontières, État de droit et droit international —, la voix d’une autorité morale comme Léon XIV n’est pas seulement utile : elle est indispensable. Elle est un rempart. Elle est un appel.
Car nous le savons : les défis qui se dressent devant nous sont immenses. Dérèglement climatique, pauvreté, faim, crises sanitaires, inégalités croissantes, tensions sur l’eau, effondrement de la biodiversité, bouleversements technologiques liés à l’intelligence artificielle et à la digitalisation… Aucun de ces défis ne pourra être relevé sans un sursaut collectif.
Et ce sursaut ne sera pas seulement politique ou économique. Il devra être spirituel.
C’est pourquoi cette prédiction, souvent attribuée à André Malraux, résonne aujourd’hui avec une force particulière :
« Le XXIᵉ siècle sera spirituel ou ne sera pas ».
Plus qu’une citation, c’est un avertissement. Et peut-être déjà, une feuille de route.
Bien cordialement,
François d’Adesky.