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Adieu, Milord

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Le mois dernier, les pairs héréditaires de la Chambre des Lords y ont tenu leur dernière apparition au sein d’une institution que leurs ancêtres avaient fondée il y a huit siècles.

On aura déjà entendu cent fois les raisons invoquées par le Premier Ministre, Sir Keith Starmer ; il s’agit de lire les signes des temps, de récompenser le mérite, et de mettre fin à un système aussi arbitraire qu’aléatoire fondé sur la seule naissance, jugé incompatible avec une démocratie moderne.

La Chambre des Lords, d’une réforme à une autre

Déjà en 1958, le gouvernement MacMillan fait voter le Life Peerages Act, qui avait introduit le concept du titre de baron à vie à titre personnel et donc non transmissible. Aux quelques 850 pairs héréditaires, sont venus depuis s’ajouter les pairs à vie, au nombre de 1600 environ actuellement, qui, certes méritoires, doivent leur promotion aux bonnes relations qu’ils ont entretenu avec le gouvernement du jour, qui dans les faits décide de l’octroi de leur titre. En 1999, le gouvernement travailliste de Tony Blair avait déjà réduit le nombre de pairs à héréditaires à 92 ; ce sont ceux-là qui quittent la Chambre Haute pour de bon aujourd’hui.

Pourtant avec eux quelque chose se perd. Si la Chambre des Communes matérialise en quelque sorte la dimension horizontale du système politique britannique, puisque tant les MPs que leurs électeurs sont en vie aujourd’hui, les pairs héréditaires en incarnaient la dimension verticale et l’inséraient dans la l’histoire de leur pays. Ainsi, en guise d’exemple, la création du titre de Baron de Ros, dont Peter Trevor Maxwell est l’actuek 27e titulaire, remonte à 1264, avant même l’établissement des Communes.

La nouvelle Chambre des Lords, la chambre des copains

Il n’est pas anodin de souligner qu’on trouvait davantage de membres indépendants de tout parti à la Chambre Haute qu’aux Communes. Si le principe d’élections à intervalles réguliers oblige l’élu à rendre compte à ses électeurs et donc d’agir dans un sens dont il pense qu’il leur plaira, l’absence de fonction élective peut conférer une véritable indépendance d’esprit et de parole. Les Lords, qui agissent dans le temps long dans lequel s’inscrit leur propre histoire familiale, ne s’en sont pas privés et ont su se montrer critiques des gouvernements tant conservateurs que travaillistes. Désormais il ne reste que des pairs à vie ; sans qu’ils aient nécessairement démérité, ils incarnent chacun une forme de népotisme, que personne désormais ne viendra tempérer.

De l’avis de La Nouvelle Ligne, la longévité d’une institution est souvent le gage de quelque chose qui marche ; l’Eglise catholique et le Trône du Chrysanthème en fournissent deux autres exemples. En l’occurrence, les pairs héréditaires ont su jouer au fil des siècles un rôle social important au Royaume-Uni, en dépit d’un pouvoir politique sans cesse réduit à partir du XVIIIe siècle.

Huit siècles durant, les Lords héréditaires ont su porter la voix face au pouvoir du roi, du premier ministre et de la volonté populaire portée par la majorité d’un moment. La Nouvelle Ligne regrettera leur silence imposé.


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