En 1953, paraissait Fahrenheit 451, un roman dystopique où l’auteur, Ray Bradbury, imaginait une société américaine privée de livres. Pourtant, la société polonaise de ces années-là n’était pas si éloignée de cet univers de fiction. Si les livres n’y sont pas interdits en tant que tels, leur impression, parution et diffusion y sont soumis à la stricte censure du parti communiste, à telle enseigne que l’existence même de la censure d’État est censurée.
Une censure d’État
Au premier rang de ces livres chauds de la guerre froide, interdits par le parti, figure 1984 de George Orwell, au motif que certains lecteurs pourraient assimiler Big Brother à Joseph Staline ; vient ensuite l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne, qui décrit une réalité crue que certains Polonais ont connue ; suit encore une longue liste de livres qui s’allonge sans cesse, et que viennent clore les romans policiers d’Agatha Christie, jugés trop bourgeois.
Les livres défendus
Dans les années septante du siècle dernier, George Minden, un agent de la CIA d’origine roumaine, conçoit l’idée d’infiltrer en Pologne ces livres défendus, par les moyens les plus ingénus, des valises à double fond ou encore les toilettes du rapide Paris-Moscou, et qui fait une halte à Varsovie. Le souvenir de la répression du Printemps de Prague en 1968 est encore vif à cette époque, si bien qu’à un soulèvement politique la CIA préfèrera un éveil des lettres.
L’imposition de la loi martiale en décembre 1981 par le Général Jaruzelski viendra certes compliquer ces opérations mais donnera par ailleurs naissance à des activités nouvelles. La Pologne manque de tout et à ceux qui livrent des vivres et des vêtements, se joignent ou se mêlent ceux qui assurent la fourniture clandestine de machines offset, d’encre, de machines à écrire, et plus tard des premiers ordinateurs. Tous sont animés par la conviction que le soutien à une intense activité de presse clandestine est indispensable à l’existence et à l’avenir du pays. De là émergera en cachette l’Hebdomadaire de Mazovie, devenu depuis la Gazeta Wyborcza, premier quotidien polonais.
La littérature, gage de liberté
Journaliste au Guardian, Charlie English raconte ces histoires avec autant de précision que d’entrain. Le lecteur se perdra parfois dans la foule de ces noms en ski qui lui seront peu familiers mais ce caractère étrange contribue à l’intérêt du livre, qui plonge le lecteur dans un univers à la John Le Carré, peuplé de mots de passe, de boîtes aux lettres mortes, de pseudonymes et d’échanges secrets. Mais surtout, English, à la différence du romancier, fait émerger les personnes bien réelles qui prennent des risques énormes pour déjouer les embûches de la police et maintenir en Pologne une société, certes clandestine, mais libre, qui puisse se nourrir de littérature, gage de cette liberté.
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