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Article publié dans “Histoire”

Histoire de l’Ukraine

Aux portes de l’Europe La guerre en cours a suscité de manière subite un vif intérêt pour l’histoire de l’Ukraine, avec laquelle peu de lecteurs occidentaux, parmi lesquels on compte La Nouvelle Ligne, sont familiers. Un livre de Serhii Plokhiy, professeur d’histoire de l’Ukraine à l’université de Harvard, auteur par ailleurs de Nuclear Folly et de Tchernobyl, fournit une excellente entrée en matière accessible à un large public de langue anglaise. Son titre, les Portes de l’Europe, tantôt ouvertes et tantôt fermées, renvoie d’emblée à la situation géographique de ce pays, dont le nom signifie « la marche », à la frontière entre l’Europe et l’Asie, le christianisme et la religion musulmane portée par les Ottomans, et enfin à la frontière entre le christianisme orthodoxe et le catholicisme qui dans ses contrées se décline sous ses manifestations catholique romaine et grecque catholique. Au cours de l’histoire, ces frontières culturelles ont pu se…

L’Ukraine et les Deux-Siciles

L’Ukraine et les Deux-Siciles Le XIXe siècle, le siècle des nationalismes On ne compte pas en Italie le nombre de rues qui portent le nom de Via dei Mille et de places qui s’appellent Piazza del Plebiscito. Au XIXe siècle, émerge l’idée selon laquelle les peuples qui partagent une même langue sont appelés à former une nation. Ce mouvement agite les Balkans principalement mais aussi l’Allemagne et l’Ialie. En 1860 donc, Victor-Emmanuel II, roi de Piémont-Sardaigne, s’était investi de la mission d’unifier les peuples de la péninsule italienne au motif qu’ils parlaient (plus ou moins) la même langue. Des mercenaires qui traversent les siècles Aussi, dépêcha-t-il un bataillon de mercenaires, les Mille, l’équivalent à l’époque du Groupe Wagner, en vue d’envahir la Sicile sans déclaration de guerre. Après avoir défait les armées du bon roi François II, il s’empressa d’annexer son royaume, non sans avoir fait ratifier cette annexion par…

Les Services secrets et Sa Majesté

Les réseaux de renseignements de la famille royale britannique Au chapitre XIII du livre des nombres, il est écrit que Moïse envoie douze espions explorer le pays de Canaan et faire rapport de ce qu’ils y trouvent, ce qui amène La Nouvelle Ligne à classer l’espionnage au rang de deuxième plus vieux métier du monde. Richard Aldrich et Rory Cormac, deux professeurs aux universités de Warwick et de Nottingham, se sont attachés à décrire dans ce gros livre les liens complexes qui unissent la famille royale d’Angleterre au monde de l’espionnage au fil des siècles. Tantôt acteurs, tantôt objet et même victimes d’entreprises d’espionnage, les souverains britanniques et leur famille se situent au centre d’un réseau dont les mailles sont formées par MI5 et MI6, des diplomates et des policiers, des services secrets étrangers parfois amis et parfois pas, auxquels s’ajoute une longue liste de personnages louches. Elisabeth Ière Les…

Dorothée von Medem

Dernière duchesse de Courlande. Derrière le titre de ce livre, se cache une déesse, Dorothée von Medem (1761-1821), issue d’une famille balte et épouse de Pierre de Biron, dernier duc de Courlande. Ce duché aux consonances romantiques, que les lecteurs de Marguerite Yourcenar reconnaîtront, occupait de façon approximative le territoire de l’actuelle Lettonie. Vassal de la couronne de Pologne, le duc Pierre se révèlera de manière constante incapable de reconnaître qu’en ce qu’il le concernait, le véritable pouvoir siégeait à Saint-Pétersbourg plutôt qu’à Varsovie, à telle enseigne que cet aveuglement précipitera la disparition de son duché au profit de la Russie justement, dans la foulée du troisième partage de la Pologne en 1795. Une duchesse sur les routes de l’Europe Tandis que son mari s’entête, la belle Dorothée s’emploie à tâcher de réconcilier son mari avec Catherine la Grande d’une part et la noblesse de Courlande d’autre part, et d’assurer…

Récit d’un parcours de Lausanne à Rome

Via Francigena La Nouvelle Ligne signale à l’attention de ses lecteurs la parution ces jours derniers de ce petit ouvrage de qualité dû à la plume de Dominique de la Barre. Belge de l’étranger, naturalisé suisse, il a parcouru la Via Francigena de Lausanne à Rome en 2013 et 2014. La Via Francigena, la Voie des Francs, désigne ce faisceau d’itinéraires par lesquels les Francs étaient descendus en Italie au VIIIe siècle et qui est aujourd’hui élevé au rang d’itinéraire culturel européen par le Conseil de l’Europe. Connu pour son blog, l’auteur, qui a grandi à Rome il y a un demi-siècle, livre ici d’une plume élégante le récit de ce pèlerinage, selon ses propres mots, ce qui fait de la marche une démarche car on ne devient pèlerin qu’en un empruntant un chemin de pèlerinage, phénomène universel, que d’autres ont parcouru auparavant. Mais le pèlerin n’est jamais seul, il…

Sur les traces de Stauffenberg

Comte Claus von Stauffenberg Petite-fille du comte Claus von Stauffenberg, l’auteur de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944, Sophie Bechtolsheim esquisse un certain nombre de portraits de son grand-père sous plusieurs angles dans un petit livre paru en 2019. Son titre, Mein Vater war kein Attentäter, Mon Père n’était pas l’auteur d’un attentat, interroge puisque le monde entier le connaît justement à ce titre. Ce que Bechtolsheim veut souligner c’est que Stauffenberg et les autres conjurés ne voyaient dans l’attentat que le prélude nécessaire au rétablissement en Allemagne de l’état de droit. Dans ce livre donc, qui a connu un grand succès, apparaissent de nombreux portraits de Stauffenberg, celui des historiens, celui de la classe politique, celui de la télévision et du cinéma avec le film Walkyrie, et enfin celui de l’homme de famille, fruit des entretiens que l’auteur a menés avec sa grand-mère, décédée en 2006. Stauffenberg, la…

Histoire d’une mésalliance

Nazisme et noblesse La clé de lecture de ce livre réside sans doute dans le sous-titre, Histoire d’une Mésalliance. Au départ, tout oppose les national-socialistes, non seulement vulgaires et violents mais qui se réclament justement d’une forme de socialisme, à la noblesse conservatrice qui se conçoit elle-même comme une élite investie d’une mission. Pourtant ces deux groupes finiront par opérer un rapprochement, que l’auteur, Stefan Malinowski, qualifie de mésalliance. Qu’est-ce donc une mésalliance ? Une union qui brise les règles qui gouvernent leurs groupes respectifs, en l’occurrence un accord passé entre le peuple et la noblesse, mû par un mélange de passion et d’intérêts économiques et où les deux parties trouvent leur compte. Ici cette conjonction d’intérêt prend plusieurs formes : détestation du communisme et même de la démocratie, hostilité envers le capitalisme incarné par une bourgeoisie cosmopolite, etc. La noblesse allemande en 1918 En 1918, la noblesse allemande compte quatre-vingt mille…

Voyage dans les pays baltes

Voyage dans les pays baltes. Derrière ce titre énigmatique, The Glass Wall, se dévoile un mélange de récits, de rencontres et d’évocations historiques que l’auteur Max Egremont a tiré de ses voyages dans la Baltique, principalement en Lettonie et en Estonie, mais aussi à Saint-Pétersbourg et en Finlande. Le titre entend suggérer que ces contrées ont été séparées de l’Europe de l’Ouest mais que ce mur en verre permet d’y jeter un regard ; l’analogie est curieuse car du point de vue des intéressés, les populations des pays baltes, ce mur, que les Soviétiques avaient érigé de 1939 à 1991, était solidement bétonné et n’a disparu qu’avec l’adhésion à l’Union Européenne, l’adoption de l’euro et la participation à l’OTAN. Les intérêts d’Egremont se portent donc sur la Lettonie et l’Estonie, deux territoires sous domination suédoise jusqu’à ce que Pierre le Grand ne les incorpore à l’empire russe en 1721 à la…

Aux origines de James Bond

Aux origines de James Bond «Mourir peut attendre», le nouveau James Bond n’aura pas fait démentir le succès de cette série où les spectateurs paient leur billet de cinéma pour se voir raconter la même histoire pour la vingt-cinquième fois, sans cesse mise à jour au fil des inventions techniques qui font succéder une Aston Martin à une autre. Pendant la guerre, Ian Fleming, le créateur du personnage de Bond, avait été officier au sein de la Royal Navy. Affecté au Service des Renseignements, il prit part à l’une des plus étonnantes entreprises de désinformation jamais effectuées, Operation Mincemeat, d’où il irait quelques années plus tard puiser l’inspiration pour ses premiers romans figurant James Bond. Le but de cette opération, menée en 1943, consistait à faire croire aux Allemands que le débarquement que les Alliés projetaient en Sicile se déroulerait soit en Crète soit en Sardaigne. Un faux noyé Aussi…

La chasteté, mais pas tout de suite

Saint Augustin, un homme de notre temps « Seigneur, donne-moi la chasteté, mais pas tout de suite », écrivait Saint Augustin tandis que de ses doigts fins il parcourait la ligne d’un sein ou le galbe d’une hanche. « Amare amabam », j’aimais aimer, dira-t-il plus tard de lui même dans les Confessions, après qu’il eût bu au calice des désirs et des douleurs. Peu d’hommes auront exercé une influence aussi profonde sur la pensée de ce qui deviendra l’Occident latin : Luther, moine augustinien et Calvin s’en réclament, Hannah Arendt lui consacre une thèse, Bob Dylan l’évoque dans une de ses chansons tandis que dans les Confessions, premier ouvrage de ce genre dans l’histoire de la littérature, Augustin s’y dévoile sans fard et s’adresse directement à Dieu comme à un interlocuteur à qui on peut effectivement s’adresser. Ecriture marquée par le « je », le genre sera appelé à un avenir heureux marqué notamment par la…