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Envoûtements

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Dans sa jeunesse, désormais distante d’un demi-siècle, La Nouvelle Ligne, comme toutes les jeunesses qui l’avaient précédée dans la succession des générations, pensait appartenir à ce peuple choisi qui le premier découvrait le monde, l’amour, les filles. Une musique, plus tout à fait nouvelle dans les années septante du siècle passé, mais néanmoins vivace et vigoureuse, venait la conforter dans ses naïves convictions.

Au Commencement

Au commencement, tout va bien, elle t’aime, rien ne peut t’arriver She loves you. You know it can’t go wrong. Futile illusion, même si elle t’aime, c’est elle qui mène la danse et te conduit par le bout du nez. Tu as passé ton permis de conduire mais elle, elle a déjà une voiture que son père lui a offerte à l’occasion de ses dix-huit ans. Pour le prix d’un baiser, elle t’autorise à la conduire pendant dix minutes sans dépasser les cinquante à l’heure. Baby you can drive my car. Tu as envie de dire non car tu sais qu’elle te fait marcher mais refuser, non la tentation est trop forte, tu n’as ton permis que depuis six mois à peine et tu acceptes.

Ensorcellements

Te voilà embarqué, les mains liées au volant comme Ulysse à son mât, elle te dit de tourner à droite en direction du glacier et tu tournes à droite. Ses yeux noirs, le ruban de satin qui noue son cou de nacre, sa poitrine qu’un voile de soie tantôt voile et tantôt dévoile, tu ne peux les effacer de ton esprit, car ça y est, te voilà ensorcelé. La nuit, alors que jamais tu ne trouves le sommeil, des bribes embrumées des cours de français de 4e et de cours de catéchisme se rappellent à ton souvenir, Don José et Carmen, Samson et Dalila, ces couples où toujours c’est elle qui mène. De plus un copain t’a prêté Abraxas, l’album de Santana, qui inclut la chanson Black Magic Woman, dont la mélodie lancinante t’envoûte à telle enseigne que tu ignores qu’elle t’a jeté un sort.

Puis avec les ans, vient la sagesse à l’instar du sage Ulysse de retour enfin dans sa patrie. Alors, parfois, las d’avoir offert ton cœur à une femme qui voulait ton âme, tu te dis, une fois mais pas deux, trop is te veel,  Don’t think twice it’s alright.  

Parfois c’est pire encore, passé le glacier, la voiture te conduit vers l’abîme, puis tu plonges comme Thelma et Louise. Tu l’aimes d’une telle intensité que tu ne sais comment vivre dans la réalité du monde. Alors, à nouveau comme Don José et Carmen, tu tues ta maîtresse sur la berge de la rivière, Down by the river , dont les eaux se changent en sang et dont le flot emporte le souvenir de tes amours. Le vent qui vient à travers la montagne t’a rendu fou.


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Un commentaire

  1. Olivier de Trazegnies Olivier de Trazegnies 2 août 2026

    L’Amour est enfant de Bohême. Pour qu’il soit parfaitement assumé, il faut un tel sérieux, une telle « gravitas » que le séducteur semble aussi excitant qu’un exploit d’huissier. Autrefois, les mariages étaient de convenance. La mariée pleurait le jour de ses noces et, la nuit suivante, découvrait que le charmant jeune homme (au front légèrement dégarni quand même) se conduisait comme un satyre, alors qu’elle ne s’attendait à rien d’autre qu’à de chastes baisers dans le cou. Bref, cette époque où la femme était un objet fragile (avec une dot solide) semble heureusement révolue. Mais on ne l’a remplacée par rien, sinon l’instabilité des sentiments et la peur de rater des moments torrides avec une jolie silhouette ou un bel athlète sur une plage. Les couples modernes semblent programmés pour l’échec. Bref, si l’on parodie quelqu’un: l’amour est une chose trop importante pour être laissé aux amoureux!

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