Au cours de ses vacances dans des contrées de langue allemande, La Nouvelle Ligne, confinée tantôt dans un chalet et tantôt dans un château, s’est reposé de la chaleur en téléchargeant des romans policiers en anglais sur son Kindle.
Au commencement
Le genre du crime novel naît sans doute en 1860 avec The Woman in White de Wilkie Collins. Rédigé d’une très belle plume, cet ouvrage d’inspiration romantique apparaît comme le prototype du roman policier, dans la mesure où il met en scène un enquêteur ; Walter Hartright, un amoureux au cœur brisé, s’attache à identifier des faits, à s’interroger sur les mobiles des uns et des autres et à en tirer des conclusions.
Le détective
Avec The Murder of Roger Ackroyd paru en 1926, Agatha Christie donne naissance au personnage d’Hercule Poirot, désormais non seulement un enquêteur mais un détective de haut vol qui relève des détails qui échappent tant aux autres personnages (à l’exception du coupable bien sûr) qu’au lecteur. A la différence de Hartright, Poirot devient par ailleurs un personnage récurrent dans l’œuvre de son auteur, ce qui explique que le monde aujourd’hui se souvient de l’un mais pas de l’autre.
A l’issue de son enquête, Poirot convoque l’ensemble des personnages, dévoile le mystère et démasque le coupable ; plus tard, Agatha Christie fera à nouveau appel à cette technique de la conférence des personnages tant dans le Crime de l’Orient Express que dans Mort sur le Nil pour mettre un terme à son histoire. Par ailleurs, The Murder of Roger Ackroyd voit aussi l’apparition des personnages-types de l’œuvre d’Agatha Christie : le colonel à la retraite, la veuve ou la vieille fille, le médecin de campagne, désormais associés à ce genre littéraire et qu’on retrouve par exemple dans le jeu Cluedo.
Substitution
Avec Brat Farrar (1949), Josephine Tey situe elle aussi son roman au sein du monde de la gentry anglaise. Ici l’intrigue ne repose pas au départ sur un meurtre mais sur le retour d’une personne présumée disparue, une espèce de Martin Guerre. S’agit-il de la bonne personne ou au contraire s’agit-il d’un imposteur ? Quelques années plus tard, Patricia Highsmith reprendra le thème de la substitution avec The Talented Mr Ripley, porté depuis au cinéma. Si Josephine Tey offre une analyse psychologique de ses personnages extrêmement fine, en définitive La Nouvelle Ligne aura préféré The Daughter of Time du même auteur.
Le dur à cuire
The Maltese Falcon de Dashiell Hamlet, rendu célèbre par son adaptation au cinéma avec Humphrey Bogart et Mary Astor, fait apparaître en 1930 la figure de Sam Spade, un détective privé dur à cuire, qui poursuit son enquête contre vents et marées. A la différence d’Hercule Poirot qui n’est armé que d’un pince-nez, Sam Spade, équipé d’un flingue, fréquente avec la même aisance le monde de la police et celui des gangsters. Si, comme Poirot, il mène son enquête avec diligence, il est entièrement dépourvu tant de scrupules que de sens moral. Figure ambiguë, il exerce sur le lecteur un charme mystérieux, qui fait le succès du livre.
Des nœuds à délier
The Big Sleep de Raymond Chandler naît de la fusion en 1939 de deux nouvelles que l’auteur avait déjà rédigées ; il en résulte une intrigue particulièrement complexe, qui se fonde sur des doubles jeux, des trahisons et des rebondissements, qui font de ce livre un classique parmi les polars américains. The Big Sleep donne naissance au personnage de Philip Marlowe, archétype du détective privé de ces années-là : chapeau mou, une gabardine au col relevé, un revolver (ou à défaut une pipe) qu’il pointe de sa poche sans même le dégainer ; en 1946 Humphrey Bogart incarnera le personnage au cinéma aux côtés de Lauren Bacall.
Un coupable injustement condamné
Pas de détective dans The Postman always rings twice (1946) de James M. Cain mais les confessions d’un meurtrier condamné à être exécuté pour un autre crime qu’il n’a pas commis. Froide violence, charge érotique, langue nette, sèche même parfois, The Postman demeure l’un des meilleurs romans noirs du genre. Hollywood du reste ne s’y est pas trompé, et en a tiré sept films, dont le dernier en 1981, avec Jack Nickolson et Jessica Lange dans les rôles principaux.
Le genre humain
Ce qui fait non seulement le succès de tous ces livres mais assure leur qualité, c’est la conviction qu’ont les auteurs (à l’exception de Wilkie Collins) de la complexité qui pétrit l’âme humaine. Certes il existe des victimes et des coupables, mais ces personnages n’incarnent jamais tout à fait les catégories du bien et du mal, des brebis à droite et des boucs à gauche, car au fond du cœur de tout homme on trouve tout autant du bon grain que de l’ivraie.
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